Dormir, et après ?!?
A. : Je n’ai pas envie de dormir.
G. : En as-tu seulement besoin ?
A. : On a toujours besoin de dormir, ne serait-ce qu’un peu.
G. : C’est pas faux. Personnellement, j’en connais un certain nombre qui dorment depuis très longtemps…
A. : Tu veux dire, définitivement ? Dans ce cas, tu n’es pas le seul. Moi, j’ai décidé de finir autrement. Du moins, c’est mon état d’esprit du moment ; et même, depuis un long moment.
G. : Je vois. Tu finiras donc clochard… Tu attendras que la dernière ivresse, le dernier excès t’emporte.
A. : Excès de quoi ? Les excès, ce ne sont pas les clodos qui les commettent !
G. : Ce n’est pas faux non plus, mais tu préfères quoi ? Finir comme un Don Quichotte à te battre contre des moulins à vent ?
A. : Je n’ai jamais considéré ma vie comme un roman. J’ai bien les deux pieds sur terre.
G. : Et un jour où l’autre tu les auras sous terre…
A. : Comme chacun d’entre nous.
G. : Tu ne sais pas quoi faire de ton désespoir, alors tu m’en parles, c’est ça ?
A. : Tu es trop fort ! Ou trop dur, mais c’est un peu ça.
G. : Tu sais, le désespoir ça s’apprivoise… Moi-même, lorsque j’étais petit, j’étais toujours considéré comme le plus moche ! Le plus laid, réellement ! Et ça a duré longtemps, très longtemps… J’étais désespéré. J’ai su très tôt que je ne plairais à personne et certainement pas à ceux qui m’attiraient… Alors, j’ai tâché de me venger, de réussir dans la vie, d’être ce que je suis et que tu connais. A présent, je peux dire que j’ai fini par en avoir de ces garçons que toi, avec ton physique pas trop mal, ton air avenant, tu as eu quelques fois… Enfin j’imagine.
A. : Je n’ai pas conscience de ce que tu dis à mon propos ou à peine, et au fond ça m’importe peu. Tu ne m’apprends rien en me dévoilant les raisons de ta réussite, de ton ambition… Je sais tout ça.
G. : Eh bien, et alors ? A chacun son lot, non ?
A. : A chacun son lot de solitude. C’est surtout ça qui importe.
G. : C’est vrai. J’ai eu beau réussir ce que tu n’as pas su entreprendre, j’avoue que je me sens seul, parfois.
A. : Pas toujours ?
G. : Je ne sais pas.
A. : Moi non plus.
G. : Quand est-on vraiment seul ? Peux-tu me le dire ? Est-ce à l’instant de mourir, ou bien après la fin d’un amour ? Ou encore lorsque l’un de nos parents, ou bien les deux, sont partis ?
A. : Je pense que l’on est seul lorsqu’on est plus en accord avec soi-même, tout bonnement.
G. : En accord avec soi-même… Tout un programme !
A. : Que tu ne connais pas, évidemment, quant on connaît ton parcours…
G. : Je te l’ai décrit, non ? Avais-je le choix ?
A. : Je n’ai pas dis le contraire. Je remarque seulement que l’on ne peut vivre les choses que différemment. Oui, il m’est possible de finir clochard, comme tu dis, mais pas toi ; pour autant, on mourra tous les deux.
G. : Au bout du compte, oui, mais pas dans le même confort.
A. : Que sais-tu de ta propre mort ? Qu’en sais-tu ?
G. : Tu as raison, je n’en sais rien.
A. : Mais tu as raison toi aussi, nous ne sommes pas de la même espèce. Si nous souffrons tous deux de la solitude, nous ne souffrons pas du même désespoir.
G. : Et pourquoi donc ?
A. : Je n’ai pas envie de perdre du temps à te l’expliquer. Cela ne servirait à rien. Poursuis ton chemin, je poursuis le mien.
G. : Et notre amitié ?
A. : Tu n’as jamais été un ami. D’ailleurs, tu n’as pas d’ami. Tu n’as que des connaissances…
G. : Et toi-même, pourquoi te plains-tu donc de la solitude si tu as de VRAIS amis ?
A. : Parce que ma solitude n’est pas liée à la présence d’untel ou d’untel, d’amis ou d’ennemis… Ma solitude n’est même pas liée à l’absence de but dans la vie… Ou plutôt, si ; ma solitude, si tu peux le comprendre, est liée à cette absence. Absence de tout.
G. : Si j’ai bien compris, avec toi c’est tout ou rien !
A. : Non, tu n’as rien compris. Bonne nuit.
Trop dur d’être «Preum’s»…Surtout avec de tels personnages !
29/07/08 - 00:03
Oui, je sais, j'ai failli être "preum's"... Mais ils sont trop bavards !
selfmade