Image : D. Wojnarowicz


LE BLOG DE SELFMADE

29/07/2008

29/07/08 - 00:00

Dormir, et après ?!?


A. : Je n’ai pas envie de dormir.
G. : En as-tu seulement besoin ?
A. : On a toujours besoin de dormir, ne serait-ce qu’un peu.
G. : C’est pas faux. Personnellement, j’en connais un certain nombre qui dorment depuis très longtemps…
A. : Tu veux dire, définitivement ? Dans ce cas, tu n’es pas le seul. Moi, j’ai décidé de finir autrement. Du moins, c’est mon état d’esprit du moment ; et même, depuis un long moment.
G. : Je vois. Tu finiras donc clochard… Tu attendras que la dernière ivresse, le dernier excès t’emporte.
A. : Excès de quoi ? Les excès, ce ne sont pas les clodos qui les commettent !
G. : Ce n’est pas faux non plus, mais tu préfères quoi ? Finir comme un Don Quichotte à te battre contre des moulins à vent ?
A. : Je n’ai jamais considéré ma vie comme un roman. J’ai bien les deux pieds sur terre.
G. : Et un jour où l’autre tu les auras sous terre…
A. : Comme chacun d’entre nous.
G. : Tu ne sais pas quoi faire de ton désespoir, alors tu m’en parles, c’est ça ?
A. : Tu es trop fort ! Ou trop dur, mais c’est un peu ça.
G. : Tu sais, le désespoir ça s’apprivoise… Moi-même, lorsque j’étais petit, j’étais toujours considéré comme le plus moche ! Le plus laid, réellement ! Et ça a duré longtemps, très longtemps… J’étais désespéré. J’ai su très tôt que je ne plairais à personne et certainement pas à ceux qui m’attiraient… Alors, j’ai tâché de me venger, de réussir dans la vie, d’être ce que je suis et que tu connais. A présent, je peux dire que j’ai fini par en avoir de ces garçons que toi, avec ton physique pas trop mal, ton air avenant, tu as eu quelques fois… Enfin j’imagine.
A. : Je n’ai pas conscience de ce que tu dis à mon propos ou à peine, et au fond ça m’importe peu. Tu ne m’apprends rien en me dévoilant les raisons de ta réussite, de ton ambition… Je sais tout ça.
G. : Eh bien, et alors ? A chacun son lot, non ?
A. : A chacun son lot de solitude. C’est surtout ça qui importe.
G. : C’est vrai. J’ai eu beau réussir ce que tu n’as pas su entreprendre, j’avoue que je me sens seul, parfois.
A. : Pas toujours ?
G. : Je ne sais pas.
A. : Moi non plus.
G. : Quand est-on vraiment seul ? Peux-tu me le dire ? Est-ce à l’instant de mourir, ou bien après la fin d’un amour ? Ou encore lorsque l’un de nos parents, ou bien les deux, sont partis ?
A. : Je pense que l’on est seul lorsqu’on est plus en accord avec soi-même, tout bonnement.
G. : En accord avec soi-même… Tout un programme !
A. : Que tu ne connais pas, évidemment, quant on connaît ton parcours…
G. : Je te l’ai décrit, non ? Avais-je le choix ?
A. : Je n’ai pas dis le contraire. Je remarque seulement que l’on ne peut vivre les choses que différemment. Oui, il m’est possible de finir clochard, comme tu dis, mais pas toi ; pour autant, on mourra tous les deux.
G. : Au bout du compte, oui, mais pas dans le même confort.
A. : Que sais-tu de ta propre mort ? Qu’en sais-tu ?
G. : Tu as raison, je n’en sais rien.
A. : Mais tu as raison toi aussi, nous ne sommes pas de la même espèce. Si nous souffrons tous deux de la solitude, nous ne souffrons pas du même désespoir.
G. : Et pourquoi donc ?
A. : Je n’ai pas envie de perdre du temps à te l’expliquer. Cela ne servirait à rien. Poursuis ton chemin, je poursuis le mien.
G. : Et notre amitié ?
A. : Tu n’as jamais été un ami. D’ailleurs, tu n’as pas d’ami. Tu n’as que des connaissances…
G. : Et toi-même, pourquoi te plains-tu donc de la solitude si tu as de VRAIS amis ?
A. : Parce que ma solitude n’est pas liée à la présence d’untel ou d’untel, d’amis ou d’ennemis… Ma solitude n’est même pas liée à l’absence de but dans la vie… Ou plutôt, si ; ma solitude, si tu peux le comprendre, est liée à cette absence. Absence de tout.
G. : Si j’ai bien compris, avec toi c’est tout ou rien !
A. : Non, tu n’as rien compris. Bonne nuit.

Trop dur d’être «Preum’s»…Surtout avec de tels personnages !

commentaires

29/07/08 - 00:03

Oui, je sais, j'ai failli être "preum's"... Mais ils sont trop bavards !

29/07/08 - 00:30

Casida de la main impossible

Je ne veux rien qu’une main,
qu’une main blessée, s’il se peut.
Je ne veux rien qu’une main,
même si mille nuits je n’avais pas de lit.

Elle serait un lis pâle de chaux,
elle serait une colombe amarrée à mon coeur,
elle serait le gardien qui la nuit de ma mort
interdirait absolument à la lune d’entrer.

Je ne veux rien que cette main
pour les huiles quotidiennes
et le drap blanc de mon agonie.
Je ne veux rien que cette main
pour soutenir une aile de ma mort.

Tout le reste passe.
Rougeur sans nom déjà, astre perpétuel.
Tout le reste est autre : vent triste,
tandis que les feuilles en bandes s’enfuient.

Federico Garcia Lorca

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