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LE BLOG DE SELFMADE

29/06/2008

29/06/08 - 10:51

La force du destin


F : Le bateau coule !
B : Faut s’accrocher au bastingage.
F : Ca secoue fort…
B : Normal, vu la hauteur des vagues.
F : J’ai jamais vu le film «Titanic»…
B : Moi si.
F : Et alors ?
B : Il y a eu des rescapés.
F : Est-ce qu’on peut rencontrer aussi un iceberg, nous ?
B : La question est de savoir si nous ne l’avons pas déjà rencontré…
F : Parce que tu crois vraiment que le bateau coule ?!? Moi, je disais ça sans savoir.
B : Le navire plonge régulièrement dans des creux de vagues importants, mais…
F : Tu crois que l’on peut craindre une lame de fond ?
B : Je ne sais pas au juste ce qu’est une lame de fond.
F : Une grosse vague ?
B : Ouais, une grosse vague, c’est ça que je crains. Une plus grosse que les autres.
F : Le capitaine du bateau est introuvable. D’ailleurs, je ne l’ai jamais rencontré.
B : Il n’y a jamais eu de capitaine sur ce navire… C’est la force du destin qui nous guide.
F : Je ne crois pas trop au destin. Mais je suis croyant. Je crois en Dieu.
B : Alors... Si c’est Dieu qui nous guide, tu n’as qu’à prier !
F : Je n’ai jamais su prier, je ne sais dire que «Mon Dieu», «Mon Dieu»…
B : Eh bien, dis-le.
F : Mon Dieu ! Voilà, c’est fait.
B : Et le bateau continue à prendre l’eau.
F : Pourquoi les vagues s’acharnent-elles contre nous ? Il n’y a même pas eu d’avis de tempête.
B : Mais il n’y a pas de tempête. Nous constituons un obstacle pour ces vagues, c’est pour ça qu’elles cherchent à nous balayer.
F : Il faut qu’on arrive à résister !
B : Il faudrait, oui, mais ce qui se cache derrière ces vagues est plus puissant que nous. La loi, la réglementation, la force des contrats ou de leur absence, l’organisation toute entière de la société, tout est en place pour nous balayer.
F : Il faut sortir de la société au plus vite !
B : Plus facile à dire qu’à faire !
F : On aurait jamais du monter sur ce navire…
B : Le problème c’est qu’on y est placé très tôt, sans qu’on le désire. Tu te souviens d’avoir embarqué, toi, sur ce bateau ?
F : A vrai dire… Non.
B : Et pour cause ! On a pas le choix. Je te le disais tout à l’heure, la force du destin. Il y en a pour qui la mer n’est jamais démontée, ou presque jamais et certainement pas assez longtemps pour qu’ils puissent craindre de couler. Ils ont juste le mal de mer, de temps en temps… Un malaise plus ou moins grand, un mal de vivre plus ou moins important. Ils peuvent choisir de sauter par-dessus bord et ils le font parfois, mais c’est un choix ; et là, encore, ils peuvent choisir au dernier moment de nager et de remonter à bord.
F : Mais nous sommes deux, là… Et il y en a d’autres de l’autre côté du navire. Nous nous connaissons à peine, nous faisons tout juste connaissance. Pourquoi nos destins seraient-ils les mêmes ?
B : C’est tout le problème. La force du destin ce serait un peu cette lame de fond que tu évoquais tout à l’heure. Je te disais que je ne sais pas ce que c’est exactement, mais on peut l’imaginer quand même ; quelque chose qui vient du fond, des profondeurs, et remonte à la surface pour tout bousculer, renverser, balayer…
F : Et nous connaîtrions tous, au même moment, les mêmes tourments ?
B : Pourquoi tous ? Nous ne sommes que quelques-uns sur ce navire, et d’autres voguent ailleurs avec d’autres individus et d’autres encore vogueront demain. Pas tous au même moment, mais jour après jour… Chacun son tour.
F : Le destin dont tu parles, c’est un peu comme l’un de ces dieux grecs qui nous en voudrait particulièrement ?
B : Non. Le destin dont je parle, c’est un peu le train dans lequel on nous placerait au départ, à la naissance et sa destination. Il y a ceux qui seraient placés d’office dans un TGV, d’autres dans un train classique mais en première classe, d’autres en seconde et d’autres encore dans des espèces de navettes avec un chemin très compliqué à effectuer pour atteindre ne serait-ce qu’un but, une destination. De nombreux arrêts, des lenteurs interminables, des pannes même… Comme si la compagnie n’avait plus de crédits à affecter à leur convoi.
F : Je vois. Vaguement.
B : C’est le cas de le dire !
F : Oui. Ce n’est pas le communisme qui voulait lutter contre ça ?
B : Si, si… Mais on ne dit plus «le communisme» depuis longtemps. On dit «le communisme, cette vieille utopie». L’un ne va plus sans l’autre.
F : Il faudrait une révolution ! Qu’on torde le cou à ce maudit destin et qu’un gros navire vienne nous chercher, nous sauver, nous et tous les autres… Et on serait tous en sécurité sur un beau paquebot, tous logés à la même enseigne !
B : Tu ne serais pas un peu utopiste, toi ?
F : Je suis surtout désespéré.
B : C’est le propre du destin quant il frappe fort. Il ne te laisse pas d’autre alternative que le désespoir, et pas même ou rarement une consolation.
F : Mais pourquoi le destin frappe-t-il ?
B : Parce qu’il se veut inéluctable. A l’égal de la mort. Il faut une volonté énorme pour y échapper, le contrecarrer, trouver la force de plonger et de nager jusqu’à d’autres bateaux, plus gros, en route vers de meilleures destinations. Des bateaux plus solides où, au bout du compte…
F : Je sais, tu l’as déjà dis. Des bateaux où l’on a rien d’autre à craindre que le mal de mer.
B : Exactement.
F : On va couler ?
B : Je ne sais pas. Si on est réunit toi et moi, comme les autres à l’arrière, sur un navire en perdition entouré de vagues violentes, c’est certainement qu’on est arrivé au bout de quelque chose. Est-ce qu’on est vraiment arrivé tout au bout, sans qu’aucune chance ne nous soit laissée ? Peut-être, je ne sais pas.
F : Si on s’en sort, il faudra quand même apprendre à nager…
B : Ouais. Encore faut-il que lorsque l'on plongera la mer ne soit pas démontée !

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29/06/08 - 12:09

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