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LE BLOG DE SELFMADE

01/06/2008

01/06/08 - 08:58

Mariage annulé pour virginité : et si le juge avait raison ?


Je ne l'aurais pas écrit hier mais entre temps je suis tombé sur les attendus du jugement, que l'on peut retrouver sur le blog d'un avocat (fml).

Ces quelques extraits indiquent tout bonnement :

1) que "Y" (la femme), a accepté la demande d'annulation de mariage et ne l'a pas contesté (extrait du jugement) :
"Selon ses dernières écritures signifiées le 4 septembre 2007, Y... demande au tribunal de : lui donner acte de son acquiescement à la demande de nullité formée par X..."

2) le tribunal en déduit, plutôt légitimement je trouve, qu'en "acquiescant" (selon leur terme) à la demande en nullité de son mari fondée sur l'absence de virginité de son épouse, cette dernière admet qu'il s'agissait bien là d'une qualité essentielle au consentement de son époux...
Ce qui signifie que le tribunal ne statue pas sur le fait que l'absence de virginité soit ou pas une "qualité essentielle" dans le cadre d'un mariage, mais il statue sur les raisons qui auraient pu compter afin que le mariage ne soit pas conclu et en déduit que de la part du mari comme de l'épouse, l'absence de virginité de cette dernière était bel et bien une raison pour laquelle chacun des deux époux convient que le mariage n'aurait pas eu lieu si le mari avait su que sa future épouse n'était plus vierge.
Et le tribunal le déduit de la déclaration même de l'épouse concernée !

Extrait du jugement : "Attendu qu'en l'occurrence, Y... acquiesçant à la demande de nullité fondée sur un mensonge relatif à sa virginité, il s'en déduit que cette qualité avait bien été perçue par elle comme une qualité essentielle déterminante du consentement de X... au mariage projeté ; que dans ces conditions, il convient de faire droit à la demande de nullité du mariage pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint."

Sachant d'autre part qu'à un autre passage, le tribunal fait état de l'article 180-2 du code civil : "Attendu qu'aux termes de l'alinéa 2 de l'article 180 du code civil, s'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage", et qu'il rappelle ensuite : "Attendu qu'en second lieu il importe de rappeler que l'erreur sur les qualités essentielles du conjoint suppose non seulement de démontrer que le demandeur a conclu le mariage sous l'empire d'une erreur objective, mais également qu'une telle erreur était déterminante de son consentement"...

Or, encore une fois, ce n'est pas le tribunal qui au final et dans ce jugement déclare que la virginité est une qualité essentielle mais l'épouse qui, s'adressant aux juges, leur déclare qu'effectivement il s'agissait d'une "qualité essentielle" dans le cadre de son mariage et qu'elle a menti à son mari en lui cachant le fait qu'elle ne l'était plus.

En droit, il me semble que le tribunal a parfaitement statué...

Pour autant : est-ce que l'article 180-2 du code civil touchant aux possibilités d'annulation de mariage ne devrait pas être amendé, rectifié, changé ? Voilà toute la question, me semble-t-il !
Que signifient exactement les termes "s'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne" ?...

Exemple : si un mari fait l'objet d'une demande d'annulation de leur mariage par son épouse sous le prétexte qu'il s'avère méchant alors qu'avant le mariage, il lui avait déclaré qu'une de ses qualités était la gentillesse et que l'épouse argue du fait qu'elle n'a accepté de se marier avec lui que parce qu'elle considère qu'un mari gentil est essentiel pour elle... Et si le mari convient qu'il s'était présenté ainsi avant le mariage et convient également qu'il s'est révélé méchant par la suite, que peut en déduire un tribunal selon le fondement de cet article ?
Tout simplement : qu'il faut acter l'annulation du mariage !
Même si le prétexte initial de la demande, "mon mari s'est montré méchant" peut paraître "léger", voir ridicule (et s'il n'y a pas eu violence, évidemment) ; le tribunal ne peut tout de même que se ranger à sa mission de respecter la loi et de juger en fonction de celle-ci.

Quant au problème moral : il ne tient pas au fait qu'un tribunal donne raison à l'époux, en l'occurence, puisque l'épouse elle-même convient qu'il s'agissait pour EUX DEUX d'une qualité essentielle et qu'il y a eu mensonge de sa part... Il tient plutôt à :
- l'acquiescement de l'épouse, devant le tribunal, à la demande en nullité sous le motif de son absence de virginité a-t-il fait l'objet de pressions auxquelles elle ne pouvait pas se soustraire, ou de menaces ?
Peut-être qu'une association pourrait se rapprocher d'elle, ou lui proposer ce rapprochement pour la soutenir dans ce qui est peut-être une épreuve et obtenir, si elle a été contrainte à cet "acquiescement", qu'elle obtienne l'annulation de ce jugement et fonde une action en divorce...

- s'agissait-il d'un mariage arrangé et l'épouse se trouvait-elle dans l'obligation de cacher à sa famille son absence de virginité, et donc à son futur époux, dans l'espoir qu'une fois marié celui-ci le lui pardonnerait et n'en dirait rien à sa famille... Peur de représailles ? Peur de perdre l'affection des siens ?
Il me semble que l'école pourrait être le lieu (collège ou lycée), où l'on rappellerait que dans une démocratie et un état laïc, la liberté de disposer de soi-même et de son corps est totale et que les filles comme les garçons ne doivent pas se laisser "miner" et leurs actions guidées par des pressions quelconques, d'où qu'elles viennent !

- s'agissait-il d'une véritable histoire d'amour et bien que sachant que sa virginité comptait énormément pour son futur mari, la femme a peut-être voulu le cacher pour obtenir qu'il se mari avec elle en espérant, (là encore), qu'il lui pardonnerait le fait qu'elle ne le soit plus lorsqu'ils seraient mariés...
Et là, il me semble que nous n'avons même pas d'avis à émettre. Trouver stupide l'attitude du mari, si on le veut et je serais plutôt de ceux-là, mais ça deviendrait tout de même une affaire strictement privée et la femme en question pourrait très bien ne pas être musulmane, ne pas subir de pression de la part de sa famille, mais simplement être amoureuse au point de mentir et prendre un risque. Le risque pris, reste ensuite à l'assumer, surtout si ça tourne mal...

Problème : nous ignorons le contexte exact. Mais ce qui reste important, me semble-t-il, c'est qu'un tribunal français n'ait pas statué sur le fait que la virginité constituait une "qualité essentielle" pour une épouse avant son mariage ; il n'a fait que prendre acte des éléments du contrat, en quelque sorte, qui comprenait notamment (et peut-être seulement) la virginité de la future mariée comme une "qualité essentielle" et reconnue comme telle par les deux parties (le futur mari et la future épouse) avant le mariage.

commentaires

01/06/08 - 09:14

C'est bien vu.
Comme quoi le recul est nécessaire si on ne veut pas passioner à tort le débat.

01/06/08 - 09:47

Un contrat est un contrat (bis repetita)

01/06/08 - 10:24

le problème de cette affaire n'est pas dans ce que tu dis mais dans les résonances extrêmement archaïques et arriérées ( nullité de mariage, virginité, mariage, langue absconse,...) et surtout le fait que le divorce existe et qu'il y avait d'autres possibilités.

01/06/08 - 10:25

L'avocat ne comprend pas la psychologie de la donzelle qui n'avait que faire de son mari visiblement...

01/06/08 - 10:47

A la différence du maire qui les a mariés, le juge a, lui, posé plus d'une question aux deux époux pour s'assurer de leurs dispositions d'esprit. S'il avait refusé de faire droit à leur demande, c'eût été reparti pour un tour, soit en appel, soit par introduction d'une demande de divorce, avec les frais et les délais qu'on imagine. Le véritable problème est celui des relations, dont nous ne savons rien ou peu, entre l'ex-mariée et sa propre famille : quelle que soit la façon dont celle-ci réagit aux événements, l'intérêt de l'intéressée est dê tirer un trait le plus vite possible sur cette affaire.

01/06/08 - 11:14

arpad était dans le cabinet avec le juge !

01/06/08 - 11:47

Ce qui me choque, c'est qu'on puisse demander en 2008 l'annulation d'un mariage pour cause de non-virginité.

01/06/08 - 15:38

Pas d'accord.
Pour moi, la justice doit faire appliquer les valeurs de l'état. Et si elle a à faire à des personnes dont les valeurs ne lui correspondent pas, ce n'est pas parce que ces personnes sont d'accord entre elles que la justice doit leur apporter son accord.
Et puis la femme dit qu'elle est d'accord, mais qu'en est-il de son état psychologique? Des pressions exterieures qui pourraient être exercées sur elle? (je parle ici seulement de la femme, car c'est le mari qui me semble-t-il a demandé l'annulation du mariage)
(^_^)

01/06/08 - 16:42

@math-de-limoux : La justice doit appliquer la loi, et rien d'autre.

01/06/08 - 16:51

math-de-limoux : la justice doit faire appliquer les valeurs de l'état ? Non, la loi, votée par les députés qui sont nos représentants. Que les lois relatives au mariage, et même la possibilité d'une annulation par exemple, soient corrigées ou abolies (pour celles relatives à l'annulation), pourquoi pas ? Mais les valeurs ! Attention à ce mot... Les valeurs de la famille aussi ? Celles qui ont été si souvent opposées aux gays dès qu'ils réclamaient des droits légitimes ?...
Si cette femme a subit des pressions, elle doit porter plainte, s'adresser à des associations qui existent, mais qui vous dit que les juges n'ont pas justement jugé que celle qu'ils avaient en face d'eux était bien en état de décider "librement" ?
Beaucoup d'histoires de divorces se réglent suivant la "libre appréciation" du juge aux affaires familiales, parfois de façon un peu surprenantes et parfois de façons inattendues mais justes sur le fond si l'on connaît toute l'histoire qu'ils ont le loisir d'écouter, de la part des uns et des autres.
Au fond, cette annulation l'arrangeait peut-être ; reste à savoir pourquoi elle a pris le risque de se marier avec un individu dont elle savait qu'il avait cette exigence... Pression ? Amoureuse ? Je l'ai déjà dis, on en sait rien !
Pour ce que je lis des attendus du procès, il m'apparaît toujours que les juges n'avaient pas vraiment le choix.
Mettre des limites aux possibilités d'annulation, en ce qu'elles ne devraient concernées (par exemple) que des "causes réelles et sérieuses", (comme dans le droit du travail pour certains licenciements), pourquoi pas ? Voilà ce que devrait peut-être initier le législateur. Malheureusement, Dati ne fait certainement pas le poids face à un enjeu de ce type ou à une réforme concernant la législation sur le mariage digne de ce nom.

01/06/08 - 18:47

ahhh enfin quelqu'un de censé et d'informé....

01/06/08 - 19:08

Merci.
Dans l'hystérie collective actuelle, rappeler des éléments objectifs ca fait du bien.

Je commence à être fatigué d'entendre toutes ces bonnes âmes professionnelles de l'indignation s'indigner encore, et pire, de voir que personne ne réalise comment on instrumentalisme ce micro évènement pour faire passer des idées puantes...cf Devedjian.

J'ai essayé le 29, visiblement trop tôt, vu les retours que je me suis pris ds la tête en commentaire : http:///

Eolas sait amener des élément techniques avec une réelle pédagogie et son blog est un must read.

Pour conclure, j'aimerai les citer "le droit ca s'apprend à l'école, le bons sens au bar-pmu".

01/06/08 - 19:23

furyo : parler d'hystérie collective à propos d'une femme qui a été répudiée pour défaut de virginité (ne nous voilons pas les yeux islamiques!), c'est pas mal : il fallait le trouver !

01/06/08 - 19:32

@pire : non, je parle de la réaction commune de pas mal de gens qui commencent par hurler au crime avant de réfléchir tout ca pcq ca va dans le sens de leurs parano, propagande ou envies...

01/06/08 - 19:35

Eolas conclut bien son article par :

"Là où les indignés des micros se muent tous en Tartuffe, c'est quand on se demande ce qu'il serait advenu en cas de rejet de la demande. Ces époux seraient-ils restés mariés et auraient-ils vécu heureux avec beaucoup d'enfants ? Non, ils auraient divorcé. Par consentement mutuel, puisqu'ils étaient d'accord pour se séparer. Consentement mutuel qui exclut que soient abordés les raisons du divorce. Donc dissolution du mariage, mais l'honneur est sauf : on ne saurait pas pourquoi."

...et donc avec humour met le doit sur le véritable fond du problème : la réflexion (non affirmative, laissant place au doute) remplacée par l'indignation (plus facile, offrant des vérités).

01/06/08 - 20:05

France, de nos jours.

Le mariage est refusé aux homosexuels. Un mariage célébré par le maire de Bègles est annulé ; les époux sont renvoyés à leur statut de gay célibataires et de citoyens de deuxième zone dont l'union est indigne d'être célébrée par la République au même titre que celle des zétéros.

Saisie par un musulman observant, une cour de justice de la République français annule un mariage au motif que la mariée (non, n'était pas en noir) mais avait perdu sa virginité avant sa nuit de noces.

Nous nageons effectivement en plein progrès.

01/06/08 - 20:07

française*

01/06/08 - 20:33

Mais entre ce que TU perçois comme un progrès et le zappage d'une réflexion de fond remplacée par des hurlements pieux (victimisation, indignation permanente...ca ne te rappelle rien cette méthode ?) j'espère qu'il y a un juste milieux...

Personnellement, je suis révolté que notre société trouve normal qu'il y aie chez elle de sous citoyens, une ségrégation basée sur l'orientation sexuelle...mais ca ne veut pas dire que ma colère justifie une révolution imposée aux autres...

L'expérience, l'histoire nous a prouvé qu'à chaque fois qu'un progrès était basé sur une violence (par exemple : intervention de l'armée sur des manifestants, colonisation, modification multiples et partisanes de la Cosntitution, disparition de la notion d'égalité dans les faits) il n'en résultait qu'un contre-coup plus violent.
Mai 68 -> révolution neocons française.

C'est pas facile, ca fait chier, mais il faut se rendre à l'évidence, il FAUT un vrai débat et obtenir un consensus...et dans notre culture bâtarde, mais finalement très latine, le consensus est encore perçu comme une demi défaite plutôt que comme l'assurance d'être toujours respecté et pris en compte par ses adversaires.

Déjà il faudrait apprendre à débattre autrement qu'en se balançant des slogans et des pensées fermées...déjà il faudrait être capable de comprendre en quoi conviction et réflexion peuvent s'articuler...et de nos jours, on fait tout pour éviter de penser, pour éviter que l'on pense, c'en est même devenu suspect.

Un progrès serait déjà que tu commence par considérer que dire "Saisie par un musulman" c'est limiter cet homme à une seule facette de ce qu'il est : français, pensant, sensible, différent...donc de limiter le champ d'action de ta réflexion par un apriori qui démontre que ta pensée est déjà finie et fermée.

Je ne connais pas ce type et son ex femme, je ne lis pas dans leurs têtes.
Donc -dans le doute- je m'en tiens à des données objectives et j'évite le procès d'intentions.
J'en reviens à une lecture technique, émotionellement neutre, celle du droit...je te renvois au billet d'Eolas : http://

Quant à l'avancée de nos droits, je suis plus partisan d'une méthode mise en place par M° Mecary.
D'ailleurs, quoi qu'en rêvent les Boutin, membres de l'UNI et autres Vannestiens, le débat sur ce sujet qu'ils ont confisqué dans notre pays a lieu au niveau européen, qu'il est moins manichéen qu'eux et riche car évoluant, que leur politique de l'autruche-souverainisme ne fera pas changer les faits et l'évolution de la société.

Il nous faut refuser leurs "débats" totalement tronqués par leurs émotions, ne pas rentrer dans leur jeu de gamins de bac à sable...ne pas non plus les sous-estimer, mais élever le débat, ne pas répondre à la provocation par une surenchère idiote...Ne pas s'arc-bouter parce qu'eux le font.

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