Ségolène Royal est idiote…
Un procès qui fait long feu, qui est totalement injustifié et relève autant de la misogynie que d’attaques politiquement « basses ».
Il fait long feu puisque dans sa rubrique « Confidentiel » du 19/05/08, le Figaro publiait un court article (qu’a mentionné Rue89 mais sans le critiquer, ce qui est plutôt décevant) et que je reproduis ici : «Après Éric Woerth, Didier Migaud et Valérie Pécresse, c'était au tour de Ségolène Royal d'être l'invitée, mardi, du Cercle des économistes, club d'une trentaine d'économistes réputés présidé par Jean-Hervé Lorenzi. Le dîner-débat, organisé à Paris dans le célèbre restaurant Chez Laurent, a tourné au vinaigre. Effarés par les assertions de l'ex-candidate à la présidentielle et par ses perpétuelles comparaisons des enjeux économiques mondiaux avec ceux de la Région Poitou-Charentes, les experts, de droite comme de gauche, ont voulu la pousser dans ses retranchements. À court d'arguments, Ségolène Royal a menacé de quitter la table, arguant qu'elle n'était pas venue «repasser le bac». «Mais il est bien question du bac ! Nous sommes tous profs à Polytechnique ou à l'université. Il y a effectivement erreur sur le niveau», s'est moqué l'un d'eux.»
Déjà, on peut s’interroger sur les sources du journaliste et la véracité de cette historiette, mais pourquoi pas ? S’il s’agissait d’une rencontre où, au lieu de confronter des points de vue, le jeu ne consistait qu’à juger de ses «compétences d’économiste» alors qu’elle ne l’est pas, on peut raisonnablement considéré qu’elle n’a pas eu tors de leur rappeler, en substance, qu’elle n’était pas une élève passant un oral…
Et puis, il est intéressant de se pencher un peu sur le cas de ce «Cercle des économistes». Il a son propre site et son Président, Jean-Hervé Lorenzi, est Conseiller du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild (dont la principale activité doit consister, certainement, dans les actions caritatives… lol !), et membre du Conseil d’analyse économique, qui conseille le 1er ministre.
Ce Conseil d’analyse économique est dirigé par Christian de Boissieu, depuis 2003, lequel était l’invité de France 24 en avril 2008 pour parler de la flambée des prix du blé, du riz et du maïs, responsable d’émeutes dans certains pays pauvres. Extraits de quelques-uns de ses propos tirés de la video disponible sur Dailymotion : «La seule manière, peut-être, d’essayer de peser sur les prix à court terme ça serait d’essayer de décourager la spéculation, mais comment est-ce qu’on s’y prend ?»
Et comme réponse, il reprend l’argumentation de la journaliste qui rappelle que la Banque Mondiale s’apprêterait à aider financièrement ces pays pour acheter des produits alimentaires ; il trouve cette solution très bien.
En gros, contre la spéculation sur les denrées alimentaires : de Boissieu ne propose rien, sinon "essayer de décourager" les spéculateurs ! Des mesures plus coërcitives ? Comment, pensez-vous ! Nous sommes entre "gentlemen" tout de même...
Pour aider les pays pauvres : il trouve très bien que ce soit la Banque Mondiale qui intervienne, laquelle est financée par les états contributeurs dont la France. Donc, la manière de décourager les spéculations sur le prix des denrées alimentaires de base consiste à... FAIRE APPEL A L'AIDE PUBLIC ! (Et tant pis si au passage les spéculateurs auront engrangé des millions ou des milliards d'euros.)
Il parle également des «hedges founds», ces fonds spéculatifs qui sont responsables de beaucoup d’abus et il en dit : «Est-ce qu’on peut empêcher les fameux «hedges founds», fonds souvent spéculatifs, très souvent spéculatifs, pas toujours mais souvent, d’aller rajouter de la volatilité à la volatilité ? Si vous voulez, j’en doute.»
Problème : le même de Boissieu est également le Conseiller économique du «hedge found» HDF Finance !
(Mais la journaliste semble ou feint de l’ignorer…).
En septembre 2007, dans une autre interview disponible sur dailymotion, il disait : «Il faut mettre le paquet sur tout ce qui concerne la politique de l’offre, par exemple l’innovation, la recherche-développement, le soutien à la croissance des petites entreprises… La France manque cruellement de petites et moyennes entreprises à la différence de l’Allemagne.»
Or, le 20/12/06, soit 9 mois plus tôt, S. Royal présentait 17 mesures pour «l’emploi durable» et qui sont toujours visibles sur son site «Désir d’avenir », dont :
- Déclencher dès l’élection un plan massif pour l’innovation, la recherche et l’excellence environnementale.
- Moduler l’impôt sur les entreprises selon que les bénéfices sont réinvestis ou distribués.
- Donner les moyens aux régions de conduire le développement économique et de développer les pôles de compétitivité.
En octobre 2006, elle faisait référence à l’expérience menée dans la région qu’elle dirige consistant en la création de «bourses tremplin» : « Il y a un potentiel dans le micro-crédit, dans l’aide immédiate donnée aux toutes petites entreprises. Nous avons, par exemple, créé les bourses tremplin qui permettent à des jeunes de créer immédiatement leurs entreprises dans le domaine des services, de la culture, du sport, de l’artisanat, du commerce et en un an, nous avons créé 2000 micro-entreprises. (‘’) Je propose que nous généralisions au plan national (‘’) ou chaque personne qui crée sa petite entreprise reçoit un chèque de 2000 à 10 000 euros plus un relais sur le micro-crédit.»
ALORS : de qui se moque-t-on ? qui peut donner des leçons à qui ? qui reprend les arguments de Ségolène Royal, son programme sinon ses idées, sinon l’un de nos plus imminents économistes, M. de Boissieu, lequel préside le Conseil d’analyse économique auprès du 1er ministre, Conseil dont Jean-Hervé Lorenzi est membre, lequel avec ses amis aurait donc «taclé» Royal (suivant les termes employés par le Figaro), l’entraînant à se révéler à « court d’arguments »…
Mais face à quoi ? A quelles questions posées ? A court d’arguments alors que de Boissieu reprend ceux de Royal elle-même ? A court d’arguments face à qui ?
Le Cercle des économistes a un partenariat avec Radio Classique, laquelle radio appartient au groupe LVMH et donc à Bernard Arnault ! Chaque matin, un membre du Cercle intervient sur cette radio, interrogé par le journaliste en place sur une question économique, et ce matin j’ai eu la curiosité d’écouter cette intervention : le membre du Cercle interrogé s’est trouvé «coupé» brusquement alors qu’il commençait à dire que le paquet fiscal avait trop coûté… Et le journaliste de le couper immédiatement en lui rappelant que, n’est-ce pas, «vous connaissez les règles…»… Quelles règles ? On ne critique par l’action du gouvernement Sarkozy sur Radio Classique ? Le Cercle des économistes ne bénéficie de ce «partenariat» qu’à la condition de «filer droit» et de défendre une politique de droite ?!?
Non, bien-sûr, il s’agissait du temps d’antenne sauf qu’il aurait suffit de lui laisser finir sa phrase à cet économiste d’une université lyonnaise… Quelques secondes pour rendre une intervention d’un peu moins de 10 minutes un tant soit peu cohérente !
Seulement voilà, il s’orientait mal et je gagerais qu’il n’est pas prêt d’être réinvité sur les ondes de cette radio.
En résumé : Ségolène Royal est idiote parce qu’elle préconisait déjà en 2006 des mesures économiques que préconise le Président du Conseil d’analyse économique auprès du 1er ministre, sauf que ce dernier le fait en des termes très flous, vagues, tandis que Royal apportait du concret et creusait déjà en 2006 les véritables sources de ces fameux progrès à réaliser en matière d’investissement et d’aides aux P.M.E.
Qui est le plus incapable, entre ces cercles qui tournent en rond autour de questions auxquelles ils n’apportent jamais que des réponses vagues, ou carrément ultra-libérales, et Ségolène Royal ?!?
PS : je ne peux rapporter les propos (visibles en ligne sur le site du Hedge found que conseille de Boissieu) car le fonds en question met en garde contre toute utilisation par un internaute (ou autre) de ce qui est mis en ligne… Cependant, il y a un texte très amusant qui date de 2003 et qui est rédigé par de Boissieu, actuel Président du Conseil d’analyse économique auprès du 1er ministre, dans lequel il indique très clairement qu’il y a des signes tout à fait encourageant en matière d’immobilier aux U.S.A… (Grand visionnaire, n’est-ce pas ?!?).