Le temps de parole du Président de la république...
J’ai vu une partie du débat portant sur la demande de la gauche de voir inscrit dans la réforme constitutionnelle que le temps de parole du Président de la république soit comptabilisé avec celui du gouvernement. C’était à l’assemblée nationale, cette semaine, et retransmis sur LCP.
Je n’ai pas tout vu, mais la demi-heure où j’ai regardé était assez édifiante.
Christine Albanel l’a joué façon «évidences» : de quel temps de parole s’agirait-il ? doit-on comptabiliser le temps de parole du chef de l’état lorsque celui-ci tient un discours lors d’une commémoration ? ou lorsqu’il tient une conférence de presse après avoir reçu un chef d’état étranger ?…
(Je vous le fais en résumé).
Ensuite, ce fut le tour du secrétaire d’état chargé des relations avec le parlement…
Déjà, j’ai trouvé qu’on ferait bien de le changer de poste, parce que le manque de respect vis-à-vis de l’opposition m’est apparu clairement lorsque je l’ai entendu dire que Ségolène Royal elle-même, lors de la campagne présidentielle, n’avait jamais évoqué ce point et que si elle avait été élue… Et là, le voilà qui s’adresse aux parlementaires de droite en leur disant qu’il s’excuse pour cette vision cauchemardesque ! Cauchemardesque !!! Et c’est le ministre chargé des relations avec le Parlement ?!?
Toujours est-il qu’il prétend ensuite d’un ton très grave que, tout de même, Nicolas Sarkozy représente toute la nation… Il est le Président de la république et à ce titre, le Président de tous les français.
Bon, l’argumentation est facile mais il fallait s’y attendre. Sauf qu’un peu plus tard, très peu de temps après, presque dans la foulée, il rappelle que Sarkozy a été élu par 21 millions des français et qu’à ce titre, il représente la majorité des français qui se sont exprimés lors du second tour des présidentielles… Que vient faire là cet argument ? Il est le Président de tous les français ou seulement de la majorité qui l’a élu ? Il s’exprime au nom de la Nation, et ça le secrétaire d’état le répète, mais il tient à souligner qu’il s’exprime aussi au nom des nombreuses voix qui se sont portées sur sa candidature ! Contradictoire, pour le moins. Il est au-dessus des partis ou il représente un parti ?
Bref, le secrétaire d’état m’est apparu très faible dans son argumentation et même carrément mauvais.
Face à eux, j’ai pu entendre un député socialiste qui a expliqué très clairement la position de son parti sur ce sujet . Le secrétaire d’état ayant rappelé qu’il n’avait jamais été question de comptabiliser le temps de parole de Mitterrand lorsqu’il était Président, le député socialiste a indiqué que nous étions entré dans une ère médiatique telle qu’elle ne pouvait plus être ignorée. Il a souligné que les débats politiques qui comptaient étaient surtout ceux qui se déroulaient à la télévision et que les prises de paroles, les interventions que les français écoutaient étaient celles qui étaient rapportées, retransmises, montrées par la télévision. Il a insisté sur le fait qu’il n’y avait jamais eu autant de médias audiovisuels et donc de possibilités pour les membres du gouvernement et de la majorité présidentielle de s’y exprimer.
Il a rappelé que dernièrement, ce sont deux chaînes de télévision, et les plus regardées, qui ont été sollicitées (sinon réquisitionnées, mais ça c’est moi qui le dit), pour une longue intervention du Président de la république venu défendre la politique de son gouvernement.
Enfin, il est revenu sur la spécificité de ce Président qui a été omniprésent dans les médias depuis le début de son quinquennat, ce qui prouve bien qu’un Président en exercice peut avoir la tentation d’utiliser son rôle de représentation pour exprimer en permanence les valeurs de son parti et le bien-fondé de la politique menée par le gouvernement. Et dans le cas de Sarkozy, chacun sait qu’il a cédé à la tentation depuis son élection…
Là aussi, je ne vous fais qu’un résumé (de mémoire) de l’intervention d’ailleurs brillante de ce député socialiste, avec un argumentaire bien ficelé du début à la fin, dans lequel il était rappelé également que le CSA n’était constitué que de membres désignés par l’UMP et qu’à ce titre, on ne pouvait plus compter sur lui pour veiller à la pluralité et à une juste répartition des temps de parole entre la majorité et l’opposition. Il en a voulu pour preuve le fait que le CSA a refusé et refuse toujours d’étudier de près cette question du temps de parole du Président de la république alors même que ce dernier préside différemment de ses prédécesseurs et abuse des possibilités d’apparaître à la télévision.
Il a cité les chiffres suivants concernant le temps d’apparition de personnalités de la majorité (y compris le Président) dans les journaux télévisés et celui de personnalités de l’opposition entre mai 07 et janvier 08 : 31 heures pour la majorité présidentielle et seulement 19 heures pour l’opposition…
Or, on parle des journaux télévisés, soient des émissions parmi les plus regardées par les français, y compris par ceux qui s’intéressent peu à la politique mais qui prennent le temps d’écouter dès lors que c’est inséré dans un journal télévisé.
A la suite de ces échanges, une petite interruption et un retour sur le plateau de LCP ou la présentatrice demande à un analyste présent ce qu’il faut en penser : ce dernier répond très tranquillement que bien entendu, cette loi n’a aucune chance d’être votée parce qu’il est effectivement inconcevable de comptabiliser le temps de parole du Président de la république. Point.
Sourire de la présentatrice qui annonce le retour à l’Assemblée Nationale pour la suite du débat…
J’ai préféré éteindre. Je pensais que sur la chaîne parlementaire, AU MOINS, un certain pluralisme des idées, des avis, existerait mais il semblerait que ce ne soit pas tout à fait le cas. Par contre, le cas de cet analyste qui vient, non pas résumer les débats en cours mais assener une fin de non-recevoir au PS comme s’il était lui-même un représentant du gouvernement, voir le Premier ministre, en disait long sur le pouvoir médiatique. La «femme au foyer» qui se serait égarée sur LCP, ou le retraité qui a regardé cette émission et s’est trouvé un peu convaincu par le député socialiste aura tout de suite était «recadré» comme il le faut par un «spécialiste» en charge de lui indiquer ce qu’il fallait penser de tout ça.
L’occasion de rappeler que ceux qui veulent écouter les voix de l’opposition n’ont qu’à réclamer la présence de ses membres sur les plateaux de télévision , et de toutes les chaînes, plutôt que de clamer que l’opposition est muette bien souvent alors que, regardant assez souvent LCP, je tombe régulièrement sur des débats à l’Assemblée Nationale ou au Sénat durant lesquels l’opposition s’oppose effectivement à bien des aspects de la politique menée par le gouvernement Fillon, s’offusque régulièrement sur les prises de position du Président de la république, et le fait vigoureusement.
Par contre, ne pas oublier au passage que la majorité parlementaire n’est pas socialiste mais UMP… Donc, l’opposition s’oppose mais les lois passent (ou ne passent pas lorsqu’elles sont proposées par l’opposition), mais le PS n’en est certainement pas responsable. Et il n’est pas muet, contrairement à ce que l’on peut entendre ici et là.
PS : Entre le refus d’inscrire dans la réforme constitutionnelle que le temps de parole du Président de la république à la télévision doit être comptabilisé avec celui du gouvernement, (quitte à en exclure les apparitions pour Commémoration ou lorsqu’il reçoit un chef d’état étranger), et le discours annuel du Président devant les deux assemblées réunies que prévoit cette même réforme, je commence à me dire qu’effectivement, le PS ferait bien de la faire « capoter » cette fameuse réforme… (Au passage, cette idée d’un discours annuel devant des assemblées qui sont faites pour que les débats s’y tiennent entre les différents partis représentatifs de ce pays et qui n’aurait pour seul intérêt que de voir un Président «exprimer la voix de la France», sans que cela ne puisse donner lieu à interpellation ou à des débats de la part des députés et sénateurs est tout à fait absurde. Et pas du tout anodine, contrairement à ce que de nombreux commentateurs disent !).
Sarkozy sait très bien que nous sommes entrés de plein pied dans l’ère médiatique et que ce sont bien les médias qui l’ont fait élire en donnant à ses interventions énormément de place ; non pas seulement durant la campagne présidentielle, mais durant tout le quinquennat de Chirac. Nous avons assisté à une campagne présidentielle menée par Sarkozy durant cinq ans et retransmise régulièrement à la télévision, notamment et surtout dans les journaux télévisés !!! Voilà pourquoi il a été élu, malgré des bilans pitoyables dans chacun des ministères qu’il a occupé.
23/05/08 - 10:00
Il a occupé le devant de la scène pendant tout le temps ou il était ministre que ce soit à l'intérieur ou au budget, il a toujours été en campagne électorale.
Et là encore, il trouve toujours un moyen pour être au devant de la scène.
Si il savait comme il nous lasse.
En plus il fait des conseils de ministres restreint ou il évince le 1er ministre qui lui fait de l'ombre.
photos75