Anniversaire de la naissance de Napoléon III (le piètre dictateur)
J’ai lu, il y a très longtemps de cela, une longue biographie de Napoléon III d’où il ressortait, tout de même, qu’il n’a eu de cesse de vouloir conquérir le pouvoir et se faire un nom au même titre que son oncle.
Napoléon III était un dictateur qui, s’il n’était pas dépourvu d’une certaine bonté et s’il n’a pas eu recours à des exécutions à répétition pour atteindre et garder le pouvoir, n’en a pas moins exercer ce dernier de manière dictatoriale.
Auteur d’un coup d’état contre le IIeme république mais plébisciter par une large fraction des votants afin de faire valider le second empire et son titre d’Empereur, il ne faut pas oublier pour autant la dimension absolument populiste de sa démarche, populiste et nationaliste. C’était quoi le retour de l’empire sous la houlette d’un Bonaparte, sinon le retour au fantasme de la France napoléonienne, conquérante, prestigieuse… et meurtrière vis-à-vis de ses propres enfants !
(Entre la guerre d’Espagne et celle menée contre la Russie, les deux n’étant absolument pas rendues obligatoires pour la défense du territoire, Napoléon Ier est responsable de centaines de milliers de morts, souvent atroces, de français, d’espagnols, de russes… et combien de mutilés ?)
Elu premier Président de la république française, Louis-Napoléon Bonaparte aurait pu se contenter de ce titre prestigieux mais il a souffert au même titre que son oncle de mégalomanie, et rien ne justifiait, aucune urgence, aucun dysfonctionnement réel, le passage de la république à l’empire ; surtout sous la forme d’un coup d’état.
Autre élément intéressant : si il s’est intéressé au socialisme, il a tout autant était emballé par le libéralisme à l’anglo-saxonne qui prenait son essor alors, et lorsqu’il entend conférer aux ouvriers le droit de grève, c’est dans une démarche paternaliste telle que l’ont pratiqué d’ailleurs beaucoup de patrons français par la suite.
L’article de wikipedia le concernant rappelle ce fait : «L'Association Internationale des Travailleurs est autorisée à ouvrir un bureau en France. Mais les efforts de l'Empereur pour prendre lui-même la tête d'un mouvement ouvrier officiel échouent : les ouvriers restent dans leur masse républicains. Napoléon III dissout le bureau parisien de l'AIT en 1867 et la troupe intervient dans plusieurs grèves dures qui marquent la fin du règne.»
Ainsi donc, Napoléon III c’était «avec moi» ou «contre moi». Ce n’était pas la voie de la démocratie parlementaire et encore moins celle de la liberté de la presse.
Les libelles de Victor Hugo a son encontre était parfaitement justifiés et compréhensible son refus de revenir en France lorsque «le Prince» décide une amnistie après avoir conduit à l’exile des dizaines de députés légalement élus !!!
Un retour pour se taire ? Pour être censuré ?...
Quant aux avancées diverses, parfois bonnes, elles auraient eu lieu sous la IIeme république ou une IIIeme, si l’idéal républicain n’avait pas été enterré par Louis-Napoléon Bonaparte, petit dictateur mégalomane, et la France n’aurait sûrement pas connue la guerre de 1870, sa défaite et la perte de l’Alsace-Lorraine au passage, sans compter l’expédition mexicaine qui se révéla un désastre…
Le gouvernement de Benito Juárez, qui se trouvait au pouvoir alors mais dans un pays fortement divisé, venait de promulguer les lois suivantes : «lois de nationalisation des biens ecclésiastiques, loi du mariage civil, loi du registre civil, loi de sécularisation des cimetières, loi de liberté des cultes.» - (wikipedia)
Et face à ce Bénito Juárez dont on peut apprécier l’idéal laïc avant l’heure (et avant la France), Napoléon III proposait un empire catholique !!! D’où l’expédition pour mettre un empereur choisit par la France à la tête du Mexique.
Voilà un résumé de la triste histoire d’un second empire qui n’aurait pas du être, et d’un homme qui ne cherchait qu’à se bâtir un destin, à l’égal de son oncle, et certainement pas à bâtir une société «idéale» telle que l’on pourrait l’entendre aujourd’hui.
Louis-Napoléon Bonaparte n’est pas «mal jugé» tel qu’on peut le lire ici ou là, mais souvent jugé sévèrement parce qu’il le mérite, et en partie oublié parce que ni ses pensées politiques, brouillonnes, ni sa vision sociale, inaboutie, si sa vision économique, libérale, ne méritent qu’on s’y intéresse davantage.

PS : ce n'est pas être "bonapartiste" que de commémorer Napoléon III, mais tout bonnement monarchiste... Et donc, préférer qu'à la tête de l'état soit installée une famille "royale" ou "impériale" à la transmission du pouvoir héréditaire, fut-elle pourvue de parfaits imbéciles, plutôt que des individus démocratiquement élus que la population peut choisir de soutenir et de réélir, ou pas.
20/04/08 - 11:44
merci pour cette salutaire mise au point ! :o)
gerry8000