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LE BLOG DE SELFMADE

24/02/2008

24/02/08 - 10:27

La rétention de sûreté : terrain miné pour la gauche


Eh oui, malgré le respect que j’ai pour Robert Badinter, j’estime qu’il ne pose pas les bonnes questions même si en terme de droit ses objections sont évidemment pertinentes et fondées.

Mais comment expliquer aux citoyens qu’on remettrait en liberté un psychopathe quelconque, qui aurait refusé tout suivi, tout traitement psychiatrique durant sa peine, sous prétexte qu’il aura effectué les 15, 18 ou 20 années de prison auxquelles il aura été condamné. Et comment me l’expliquez-vous à moi ?

Ce qui me paraît bien plus critiquable et condamnable, c’est moins l’idée qu’une rétention supplémentaire puisse être prononcée à l’encontre de criminels vraiment dangereux, non pour la société mais pour les individus, que l’encadrement de cette exception instaurée dans le droit français :

- à quelles expertises psychiatriques le prisonnier concerné sera-t-il soumis et en fonction de quels critères les juges auront-ils à se prononcer ?
- pourquoi la rétention de sûreté serait-elle réexaminée tous les ans et non pas tous les trois ou six mois pour ceux qui n’auront fait que retirer le bracelet électronique qu’ils sont mis dans l’obligation de porter (par exemple) ; ne doit-on pas examiner déjà les circonstances qui les ont amené à retirer ce bracelet et les raisons pour lesquelles ils y ont été contraint ? L’arbitraire réside dans cette peine supplémentaire « incompressible » d’un an ! Et non dans le fait qu’un individu qui se soustrait à cette obligation, jugée nécessaire peut-être à juste titre (pour des violeurs d’enfants, par exemple), soit punit d’une manière ou d’une autre pour ne pas avoir respecté son engagement à le porter.
- les moyens nécessaires seront-ils donnés aux experts-psychiatres pour exercer réellement convenablement leurs missions, afin de ne pas retrouver les mêmes rapports bâclés qui furent rédigé dans le cadre du procès d’Outreau ?
- pourquoi limiter la possibilité d’une rétention de sûreté aux détenus condamnés pour des peines de 15 ans et plus, alors que tels auteurs de crimes racistes, homophobes, anti-sémites, peuvent éventuellement bénéficier de peines moins lourdes et sortir sans que l’on soit assuré qu’un suivit psychiatrique assorti éventuellement d’un traitement, d’une analyse volontaire du condamné, conduisent à être certain qu’on ne va pas relâcher un homophobe, un raciste, un anti-sémite encore plus enclin à « frapper » ces minorités à sa sortie qu’à son entrée en prison !

Nous ne sommes pas dans une république « chrétienne » mais laïque et à ce titre, je ne crois pas à la rédemption par le simple passage en prison. Lorsque l’on souffre de graves dysfonctionnements psychiques, de maladies psychiatriques, ce ne sont pas des années d’enfermement qui suffisent à vous en guérir !
Il me paraît évident que la démarche volontaire initiée par un condamné souffrant de troubles de ce genre l’ayant amené à commettre des crimes entraînant la mort d’une ou plusieurs personnes, doit être un préalable à la remise en liberté d’un tel individu.

La loi Dati-Sarkozy est condamnable parce qu’elle est bâclée, qu’elle ne donne pas de garanties suffisantes, qu’elle ne fait pas reposer ses modalités sur des principes claires et transparents, qu’elle ne garantie pas non plus que toutes les possibilités seront bien offertes à ces «malades» pour qu’il puisse suivre les traitements appropriés durant leur détention.

Ce dernier point est d’ailleurs soulevé par le Conseil Constitutionnel et conduit à une réserve de sa part qui nous entraîne vers l’absurde…
Ainsi, la rétention de sûreté ne pourrait pas être appliquée vis-à-vis d’un criminel psychopathe qui n’aurait pas eu la possibilité de suivre un traitement psychiatrique en prison, durant sa peine initiale, et qui se verrait donc remis en liberté après sa peine… Tandis qu’un autre se verrait placé en «rétention de sûreté» alors qu’il aurait suivi, lui, un traitement psychiatrique mais jugé insatisfaisant par les juges.
Dans un article du journal Le Monde, un journaliste soulignait qu’un certain nombre d’avocats voient déjà dans cette réserve du C.C. la possibilité de contester le prononcé d’une rétention de sûreté.

La gauche ne devrait pas s’échiner à justifier l’injustifiable, comme la remise en liberté d’un individu réfractaire à tout traitement alors même qu’il aurait commis de nombreux crimes et après que des psychiatres aient jugé qu’il les a commis pour des raisons liés à des déséquilibres psychiques majeurs. Je ne souhaite pas la remise en liberté de tels individus, ni pour moi, ni pour les autres. Et il n’est pas besoin de s’en référer aux seuls enfants, comme le font Dati et Sarkozy dans un réflexe parfaitement populiste, pour reconnaître qu’on ne peut pas traiter de la même manière des malades mentaux et d’autres qui n’en sont pas ! Ni tirer, dans certains cas, les conclusions qui s’imposent et les mesures (éventuellement de sûreté) nécessaires.

Un état de droit, c’est un état qui garanti aux citoyens qu’ils ne seront pas jugés et condamnés de façon arbitraire, sans débat contradictoire, sans la possibilité d’avoir un avocat par exemple… Voilà un autre point à soulever. La rétention de sûreté devrait peut-être ne pouvoir être prononcée qu’après que le détenu concerné ait pu consulter un avocat éventuellement chargé de défendre son point de vue : «Mon client a voulu bénéficier de traitement mais l’administration pénitentiaire ne lui en a pas donné les moyens. Il s’engage à les suivrent à l’extérieur et accepte de porter un bracelet électronique durant toute la durée de son traitement et de son suivit psychiatrique.»
Ceci est un exemple parmi d’autres des points qui pourraient être soulevés par l’opposition.

Une loi bâclée peut être ridiculisée et condamnée de bien des façons, mais lutter contre l’évidence qu’il faut protéger les individus contre des psychopathes qui ont commis des crimes et s’insurger contre le fait qu’on ne veuille pas relâcher de tels individus sans s’être assuré que des traitements psychiatriques appropriés leur ont bien été prodigués, me paraît insensé.

Non à la loi Dati-Sarkozy parce qu’elle est bâclée et sans garantie de moyens, ni de protection suffisante pour les détenus visés par la loi !

Oui à la rétention de sûreté pour des individus, notamment psychopathes, qui après avoir commis un ou plusieurs crimes ayant entraînés la mort, refusent de se soumettre à des traitements psychiatriques appropriés !

commentaires

24/02/08 - 10:30

Pas d'accord, plutôt que de soigner les gens, on choisit un expédient dangereux.

24/02/08 - 10:59

Le problème, c'est que la rétention de sûreté crée (nouveauté incroyable !) une nouvelle possibilité de priver une personne de liberté sans procès. Or, l'autre façon, c'est l'internement d'office.

Si ces détenus sont si dangereux, si ce sont des "psychopathes", alors cela relève de la maladie mentale : il existe déjà des centres pour ce type de profil (les UMD).

Or, le projet Dati semble ignorer ces dispositifs psychiatriques. Pourquoi ? Pour faire croire que les psychopathes courent les rues et que la droite est nécessaire.

24/02/08 - 11:13

show-no-mercy : l'internement d'office me semble une privation de liberté... Il me semble que dans tout ça, en joue un peu avec les mots.
Cela dit, j'entends bien qu'il existe déjà des centres et les questions qui restent posées sont : sont-ils assez nombreux ? Quels sont les modalités d'internement ? Etc.
Je veux surtout souligner, par mon post, que les élus de gauche doivent faire attention à ne pas oublier cette partie du discours qui consiste à indiquer clairement que, bien entendu, un psychopathe qui refuse tout traitement psychiatrique se verra imposer des mesures coercitives, soit un enfermement supplémentaire à l'issu de sa peine... Et dire également : pourquoi laisser aux juges le soin de juger plutôt qu'aux psychiatres ? Etc.
En ce moment, j'entends simplement un discours visant à dire qu'un détenu qui a purgé sa peine ne peut pas se voir en attribuer une autre ; c'est pas audible si on ne poursuit pas, par exemple, en indiquant qu'il pourra se voir interné d'office (comme tu le dis).

24/02/08 - 11:16

Se "soumettre " à un traitement psy? Quelle thérapie peut-on proposer dans le cas de troubles de la personnalités du type perversion?
Personne pour souligner le silence des professionnels car il n'y a pas de réponse médicale évidente à cette demande sociétale. "la psychopathie "ou "sociopathie" , qui n’est pas la psychose,est-ce une maladie qui se soigne? Pas de réponse évidente dans manuels de psychiatrie. L'hospitalisation d'office, mesure administrative pour les gens qui présentent un danger pour eux-mêmes ou autrui à la vue de signes médicaux (et non la présomption d'une éventuelle dangerosité qu'on ne peux vraiment prédire en médecine).
La medecine n'a pas de réponse et de pronostic évident; faut-il pour autant modifier le droit ? Combien seront retenus de façon arbitraire sans défense possible: cela semble une réponse simple à un problème difficile.

24/02/08 - 11:27

gauillaumerun : c'est aussi la raison pour laquelle je parle de loi bâclée, ce qui n'étonne guère de Dati-Sarkozy. C'est un problème qui nécessiterait de vrais moyens mis à la disposition de professionnels et comme me le faisait remarquer un ami, qu'on s'inspire peut-être du modèle canadien sur ces questions.
Mais entre "modifier le droit" et faire des "exceptions" pour ce type de cas, je trouve que ce n'est pas tout à fait la même chose. Reste à savoir s'il s'agit de considérer qu'on prolonge une peine, ou qu'on en donne une autre via un internement d'office... Après tout, l'internement intervient avant même que le psychopathe concerné (si on prend un cas de ce type) n'ait commis le moindre nouveau crime !
La gauche doit se saisir de ce problème, comme elle doit parler de la sécurité lorsqu'il s'agit notamment des atteintes à la personne et de la sévérité qu'elle doit entraîner à l'encontre de ceux qui les commettent.

24/02/08 - 11:45

Oui sans doute, mais il faut etre précis dans les termes. Actuellement il n'exite pas d'internement. je ne sais pas ce que cela veux dire ( à moins que cela ne concerne l'actuel projet gouvernemental) Donc jusqu'à ce jour on parle dans le domaine des "hospitalisations sous contrainte" d'hospitalisation d'office (HO) qui a remplacé le "placement d'office " et d'hospitalisation à la demande d'un tiers (HDT) qui a remplacé le "placement volontaire" (et qui ne l'était pas).Ces mesures d'hospitalisation sont prises à la vue de constation d'un désordre mental (pésence de symptomes) par un médecin et non sur la prédiction d'une possible dangerosité sociétale.
Sinon plutôt d'accord. Ceci dit, combien de faits divers dramatiques et médiatisés? Cela justifie-til qu'on enferme d'autres qui ne récidiveraient jamais? Vivre dans une société de liberté ne justifie-til pas qu'il existe un risque de récidive? ou fait -il préferer sans le dire une société totalitaire et arbitraire?

24/02/08 - 12:17

Ce qui est inquiétant, c'est que pour un problème de santé (dangerosité au vu d'un état psychiatrique), on a recours au Ministère de la Justice au lieu du Ministère de la Santé.

On fait la "promotion" des victimes et en leur nom, on décide de violer les droits de l'homme.

Soucieux de ne pas s'exposer à la vindicte populiste, le Conseil constitutionnel s'est contenter de valider une mesure de sûreté publique existante dans le Code de la Santé Publique.

A mon sens, il aurait pu oser l'annulation totale de cette loi Dati en décidant que ce n'était pas à la loi pénale de régler ce problème de santé et de dangerosité publique.

La mesure de sûreté est d'ailleurs validée dans la Convention européenne des droits de l'homme. La privation de liberté pour motif médical n'est pas décidée par un juge. Par contre, le juge contrôle et il existe une jurisprudence de la CEDH en la matière.

Grosso modo, le Conseil constitutionnel a retiré le venin de la rétroactivité de la Loi Dati, tout en mettant en avant la question des "moyens", c'est à dire des soins et du contrôle.

Le Président de la République ne s'y est pas trompé : il cherche les moyens juridiques d'instaurer l'application immédiate.

Mais il me semble que c'est un Nième contrefeux médiatique : dès maintenant, il suffirait juste de donner plus de moyens budgétaires et humains aux professionnels concernés.

La méthode sarkozyste consiste à ouvrir des feux médiatiques, sans plus de résultats concrets.

Les gens ne seront pas dupes longtemps.

24/02/08 - 12:41

Bah oui, l'internement d'office est une privation de liberté, c'est exactement ce que je dis. Pourquoi créer de nouveaux dispositifs (à la limite de la constitutionnalité) quand il en existe déjà ?

Quant au nombre, Dati prétend que la rétention de sûreté concernerait 30 personnes actuellement. Il suffirait donc de créer une UMD supplémentaire.

Si ces gens sont dangereux et atteints de psychopathie, il faut les interner psychiatriquement. Point, à la ligne. Pas la peine d'une nouvelle loi.

24/02/08 - 12:53

C'est tout simplement une loi anti-constitutionnelle. On se demande pourquoi on prendrait la peine de juger, de mobiliser des moyens d'accusation, de défense, un jury, une cour, si la peine qui est infligée à l'accusé se voit ainsi prolongée (ou pas) de façon arbitraire. Justice à la carte, justice décisionnaire, justice du prince, donc, indigne d'une démocratie

24/02/08 - 13:06

Je voudrais pas insister mais il n'est évident en rien que la "psychopatie" soit une maladie "guerissable"! c'est une trouble de la personnalité. et je ne sais pas, moi médecin, ce que la médecine peut proposer comme soins. Alors "retenez" si vous voulez , mais la medecine a d'autre chose à faire que rassurer la société, elle a deja beaucoup à faire et nous savons tous que les praticiens ne sont déja pas assez nombreux.Enfin les hôpitaux psychatriques, en dehors des UMD, ne doivent pas être considérés comme des prisons, même pour les patients en HO.

24/02/08 - 17:18

Il n'y a qu'une pensée limitée qui croit qu'on peut changer les gens malgré eux...Il n'y a qu'une pensée limitée pour croire qu'on puisse protéger le monde entier du mal garce aux prisons et des lois d'exception.

24/02/08 - 19:00

Novembre 2007 : Robert Badinter : "Ne pas confondre justice et thérapie"


Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures nouvelles sur la justice, à l'occasion de plusieurs faits divers. A chaque fois, il affirme son intention de se placer du côté des victimes. Quelle doit être la place de la victime dans le processus judiciaire ?

La justice pénale doit impérativement prendre en compte les intérêts de la victime, assurer le respect de ses droits et la réparation des préjudices subis. La victime doit être traitée en justice avec toute l'humanité que sa souffrance appelle. J'ai été le témoin jadis de l'indifférence avec laquelle l'appareil judiciaire traitait la victime. A la chancellerie, j'ai beaucoup oeuvré pour étendre les droits et améliorer la condition des victimes d'infractions. Depuis lors, des progrès sont encore intervenus.

Mais il faut rappeler que la justice pénale n'a pas pour mission d'être une thérapie de la souffrance des victimes. Elle a une fonction répressive, dissuasive et expressive, car elle exprime les valeurs de la société. Mais elle ne saurait avoir une finalité thérapeutique. Il existe des systèmes judiciaires, notamment anglo-saxons, qui n'admettent pas la victime comme partie dans le procès pénal, la réparation de son préjudice étant assurée par les juridictions civiles.

Ce n'est pas notre choix et l'on doit s'en féliciter. Mais au nom de la souffrance des victimes, qui appelle toute la solidarité de toute la société, nous ne devons pas altérer le difficile équilibre de la justice pénale qui repose sur les principes du procès équitable inscrit dans la Convention européenne des droits de l'homme.

Or nous assistons à une sorte de dérive. Se proclamer du côté des victimes est toujours politiquement profitable. Qui serait contre ? Nous sommes dans une société d'émotion qui se veut compassionnelle. Rien ne mobilise plus l'émotion que le crime et la souffrance des victimes, décuplée par la médiatisation et la puissance des images à la télévision. Cela nourrit la pulsion de vengeance qui est au coeur de la réaction humaine en présence d'un crime atroce. Mais la justice ne peut se confondre avec la vengeance ni avec la compassion pour les victimes. C'est ce qui rend son exercice si difficile. Rappelons-nous l'affaire d'Outreau...

En matière de justice, on a l'impression que la loi est modifiée à chaque fait divers. Peut-on construire une politique pénale de cette façon ?

Devant la vague émotionnelle que suscite un crime odieux, les femmes et les hommes politiques se sentent interpellés. La réponse la plus simple consiste à dire : faisons une loi pour éviter que cela se reproduise. Regardons ce qui est advenu depuis 2002 en matière de récidive, notamment celle des délinquants sexuels. Alors que la loi Guigou de 1998 avait déjà instauré un suivi socio-judiciaire, on a voté successivement les lois Perben 1 et 2, la loi sur la récidive de 2005, celle sur la prévention de la délinquance en mars 2007, un nouveau texte à la session extraordinaire de juillet, et on nous annonce une nouvelle loi à la rentrée parlementaire !

La multiplication des lois, sans chercher à s'assurer de leur efficacité, engendre un désordre législatif préjudiciable. Trop de lois nuisent à la Loi. Quel bilan a-t-on fait de l'ensemble de ces textes ? Quelle a été l'effectivité de leurs dispositions ? On est entré dans un système où la loi devient un mode de communication politique. Mieux vaudrait s'assurer de sa mise en oeuvre.

Prenons le cas de l'affaire Francis Evrard. Elle pourrait faire l'objet d'une commission d'enquête parlementaire. Pourquoi, dans ce cas, l'arsenal des dispositions inscrites dans les lois existantes n'a-t-il pas fonctionné ? Pourquoi les mesures de surveillance judiciaire ont-elles été inopérantes ? A-t-il fait l'objet d'un traitement psychiatrique en détention ? A-t-on mobilisé juges de l'application des peines, psychiatres, agents d'insertion et de probation à sa sortie ? Cette affaire grave révèle une série de dysfonctionnements auxquels il serait plus urgent de porter remède que de légiférer dans la hâte.

La principale mesure est celle d'un hôpital-prison pour délinquants sexuels dangereux, où ils iraient après leur peine. Que pensez-vous de cette initiative ?

Il faut bien mesurer que ce qui s'annonce là est un changement profond de la fonction du juge. Que prévoit-on ? Le juge sera en présence d'un détenu qui aura purgé entièrement sa peine, qui "aura payé sa dette à la société", comme on le dit familièrement. Que va-t-on demander à ce juge ? Au vu d'un rapport d'expertise psychiatrique - et la psychiatrie n'est pas une science exacte -, le juge devrait décider la détention de quelqu'un qui n'aurait pas commis de nouvelle infraction, mais qui recèlerait en lui la possibilité d'en commettre, en fonction d'une dangerosité présumée. Le juge ordonnerait une détention sans infraction ni condamnation !

Je crains que pour pallier les carences dont on aura fait preuve, dans le traitement des condamnés au cours de l'exécution de leur peine, on ne crée un système judiciaire destiné à mettre à l'écart, sinon à éliminer, des individus en raison d'une dangerosité présumée. Nous sommes là en face d'un choix très grave pour l'avenir.

Quelle solution faudrait-il mettre en place ?

Il faudrait, dès l'arrivée en détention de tels condamnés, mettre en place un véritable projet pénitentiaire, élaboré à partir d'un bilan médical et psychiatrique. Il faudrait élaborer un programme de traitement pour les années à venir en détention et au-delà dans le cas d'une libération conditionnelle ou d'une surveillance judiciaire.

Il faudrait qu'une telle prise en charge soit effective, qu'elle ne soit pas seulement inscrite dans la loi ou sur des circulaires sans être réellement appliquée. Si l'on ne mobilise pas tous les moyens de traitement pendant que de tels criminels sont en prison durant des années, alors comment supprimer ou atténuer leur dangerosité et préparer leur sortie ?

Cela vaut non seulement pour ceux qui sont atteints de troubles mentaux ou les délinquants sexuels, mais aussi pour tous ceux qui sont condamnés à des peines d'une certaine durée. La préparation à la sortie est essentielle pour tout détenu et pour la société. La réinsertion est l'un des objectifs fondamentaux de la prison. Il faut s'en préoccuper dès l'entrée et pas à la veille de la sortie. Toutes les mesures qui facilitent cette réinsertion et la prévention de nouvelles infractions doivent être effectivement mises en oeuvre, y compris la généralisation du bracelet électronique dans le cadre de la libération conditionnelle ou de la semi-liberté s'agissant de tels criminels.

Autre fait divers, autre annonce. Nicolas Sarkozy a demandé que l'on organise des procès pour les irresponsables pénaux.

Ce serait un détournement de la justice que de juger des déments déclarés comme irresponsables. On aurait un procès fictif dont le but serait de permettre aux familles des victimes de "faire leur deuil". Les psychiatres estiment que le processus de deuil est si complexe qu'on ignore réellement quel effet thérapeutique peut susciter un tel procès. Il est naturel qu'une victime veuille assister au jugement de l'auteur de l'infraction. Mais on ne va pas transformer le procès en psychodrame judiciaire. Ce serait dévoyer la justice sans mieux assurer les droits des victimes.

Il existe déjà des dispositions en faveur des victimes en présence d'une éventuelle irresponsabilité pénale pour cause de démence. La partie civile peut demander une contre-expertise psychiatrique. Si le non-lieu est prononcé, elle peut faire appel devant la chambre de l'instruction qui tient une audience publique. La loi permet de reconnaître que le crime a été commis par la personne jugée irresponsable, et la victime peut obtenir des dommages-intérêts en l'absence de condamnation pénale.

Aujourd'hui, le nombre de non-lieux pour irresponsabilité totale est infime par rapport à celui des criminels qui sont considérés comme partiellement irresponsables, condamnés et envoyés dans des établissements pénitentiaires où ils sont très nombreux. C'est là une des grandes difficultés à laquelle est confrontée l'administration pénitentiaire : la détention et le traitement des condamnés atteints de troubles mentaux et qui sont en prison. Dans le cadre de la loi pénitentiaire, cette question majeure devra être traitée.

Le gouvernement a annoncé son intention de créer un juge des victimes. Qu'en pensez-vous ?

Je ne vois pas son rôle. S'il s'agit de défendre les intérêts des victimes en justice, c'est aux avocats de le faire. Et toute victime peut obtenir au besoin l'assistance d'un avocat d'office. Alors que fera le juge ? Recevoir la victime, la guider à travers le dédale des procédures, c'est là aussi la fonction de l'avocat. Veiller à l'exécution de la décision rendue ? Là aussi, c'est à l'avocat de le faire. Devra-t-il alors veiller à ce que les avocats s'acquittent avec diligence de leur tâche ? Singulière mission pour un magistrat.

Il y a quelques années, le gouvernement avait instauré un ministre délégué aux droits des victimes. Ses mérites personnels n'étaient pas en cause, mais son domaine de compétence est toujours demeuré insaisissable. Et on n'a pas renouvelé l'expérience.

24/02/08 - 19:38

Rappel intéressant que cette interview, Furyo, mais l'objet de mon post est de rappeler à la gauche que son discours doit être "audible" au plus grand nombre. Quant aux avocats censés défendrent les victimes... malheureusement, j'ai connu plusieurs cas autour de moi où l'attention des avocats et leur dévouement étaient fonction du prix payé. Un avocat commis d'office, même en France, ne se "donne" pas toujours la peine de défendre autant et mieux les victimes que s'il est payé au prix fort. Ca te désole ? Mais c'est la vérité, et ça ne me fait franchement pas rire. Ce juge des victimes, je ne suis pas sûr qu'il règle quoique ce soit, mais j'ai eu à faire à l'ADAVIP, association d'aide aux victimes, et je peux t'assurer que sa première mission à consister à me faire admettre que ce dont j'avais été victime n'était "pas grave" !
Badinter a raison, ce sont les moyens qui comptent ! Mais la gauche, dont il fait partie, devrait s'exprimer plus clairement sur ce qui existe déjà et les raisons pour lesquelles ça ne fonctionne pas : pas de moyens donnés, etc... Plutôt que de s'arquer simplement sur la condamnation d'une sorte d'éventuelle "double peine" pour des détenus éminemment dangereux !

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