Ce qui me fait sourire ? Rien ne devrait me faire sourire actuellement. Rien dans ma vie, rien dans mon entourage, rien en politique... Je souris, parfois, d'être en vie. D'être encore en vie ?
Je m'amuse bêtement, je souris d'un rien, chaque matin est un nouveau bail que je signe sans trop rechigner, parfois même avec entrain. Cependant, il m'arrive parfois de vouloir quitter l'appartement en pleine journée, comme ça, sans préavis ; mais résister est une habitude. Enfin, pour certains.
Résister, résister, résister... et puis, laisser aller.
Résister par réflexe, parce qu'on s'est conditionné à le faire, parce qu'on a pris l'habitude de ne pas trop se laisser marcher sur les pieds, parce qu'on s'est habitué à lutter pour exister malgré les mauvais coups du destin ou à cause d'eux...
Résister, c'est une façon d'apréhender l'existence. On ne résiste pas à tout pour autant ; on ne résiste pas toujours à la tentation, à moins d'être un grand sage, on ne résiste pas tous les jours au "laisser aller", aux atermoiements, à la déprime, au rejet...
De toute façon, résister ce n'est pas lutter contre le défaitisme mais lutter pour continuer d'exister dignement.
Certains diraient "garder la tête haute" ; pour moi, ce n'est pas ça. Ce "garder la tête haute" me fait penser à une attitude adoptée face à une société hostile ou juge, et je ne veux pas conditionner mon existence au jugement moral de la société ou à ses jugements de valeurs ; des valeurs qui ne sont que les valeurs d'une majorité d'êtres humains et non de la totalité de l'humanité. Je ne partage pas toutes ces valeurs, donc je ne me soumets pas au code moral qui les regroupent. Je ne soumets pas ma conscience à ce code. Je résiste à la pression ambiante, à la pression du plus grand nombre.
De même, résister par volonté de rester digne n'est pas la même chose que de résister avec la croyance, la volonté de voir ses propres valeurs triompher au bout du compte. On peut résister sans croire nécessairement à l'utilité de son action, sans trop se faire d'illusions, simplement par dignité. Par décence envers soi-même tout d'abord, et puis par décence envers tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui se sont succédés sur terre et se succèderont encore dans le futur, et par décence envers ceux qui n'ont pas la force physique ou psychique de résister.
Je ne pense pas être un homme de "bonne volonté" ou pas vraiment, pas totalement ; c'est comme ça, ce n'est pas mon chemin. Mais j'ai ma propre définition de la vulgarité et comme je considère que ce qui est vulgaire n'est pas digne, je résiste à la tentation de la vulgarité, selon ma définition, et je lutte un peu contre ceux qui s'y livrent.
Disant cela, certains pourraient prétendre que je manque de modestie et se faisant, que je fais preuve d'une certaine vulgarité... Mais à mes yeux, la nécessité de l'objectivité associée à une certaine modestie dans notre pouvoir de lui donner jour, impliquent que je me reconnaisse une certaine propension à la lutte tout en admettant ou en soulignant que je n'y mets pas toujours toutes mes forces ; et qu'il m'arrive parfois de ne pas combattre.
Etre lucide est plus important qu'être modeste. Etre modeste c'est être mesuré, c'est être juste, c'est douter également. Ce n'est pas nier d'être à l'origine ou partie-prenante de telle ou telle réussite ! Mais je m'enflamme tout à coup, comme si tout cela avait une quelconque importance... Alors que penser, au sein d'un monde médiocre, ne sert qu'à passer le temps ; et à tâcher de vivre dignement.
La dignité n'est pas une posture, c'est une mesure de l'acceptable et de l'inacceptable. Entre les deux le tolérable, qui ne l'est ou ne doit l'être parfois que pour peu de temps.
Lutter pour sa propre dignité c'est également lutter pour celle de tous les autres, refuser pour soi-même c'est encourager les autres à refuser pour eux-mêmes, et je m'interroge : la dignité est-elle la valeur suprême ?...
Après tout, la liberté elle-même est une valeur qui a ses limites puisqu'autrement l'esclavage pourrait être reconnu comme une valeur acceptable, dès lors qu'il permet de laisser à certains la liberté de ne pas travailler tout en recueillant le fruit du travail des autres... La liberté des uns se heurte à la liberté des autres et une société avec ses lois est rendue nécessaire pour la protection des plus faibles, ou pour éviter le réglement des conflits par la violence, du moins dans l'idéal ; tandis qu'aucune loi ne peut venir restreindre ou augmenter le degré de dignité accordé à un être humain, parce qu'il n'y a pas de degrés acceptables en la matière.
Au fond, vivre dignement c'est vivre en se respectant soi-même et en respectant les autres. Ou du moins, la vie des autres.
C'est en cela que la dignité me paraît être la valeur suprême de l'humanité.
Il y aurait donc toujours un sens à la résistance, y compris lorsque l'on est certain de perdre...
20/07/07 - 11:53
"Au fond, vivre dignement c'est vivre en se respectant soi-même et en respectant les autres. Ou du moins, la vie des autres.
C'est en cela que la dignité me paraît être la valeur suprême de l'humanité."
Donc la dignité étant fondée sur le respect, je pense depuis un bon bout de temps que le respect EST la valeur suprême.
Que peut-on faire de mal par respect ???
On assassine … par passion, par amour, pour servir des "valeurs", des idéologies, des religions, …
Qui assassine par respect ? (je sens venir un débat… )
Se respecter, respecter l'autre, tu as vu juste.
Et le respect de soi est souvent le plus difficile.
"Il y aurait donc toujours un sens à la résistance, y compris lorsque l'on est certain de perdre..."
Oui, elle a un sens, même si une défaite est au bout.
Perdre une bataille n'est pas perdre la guerre.
Mais capituler, abandonner, baisser les bras ou la tête c'est ne plus se respecter… on y revient.
Courage !
Luttons !
Thierry
juliensebe