Image : D. Wojnarowicz


LE BLOG DE SELFMADE

12/07/2007

12/07/07 - 14:00

Les enfants en bandoulière


Il y a des femmes qui font des enfants pour occuper le vide de leur existence. Il y a des femmes qui font des enfants pour se remplir le ventre. Il y a des femmes qui font des enfants pour avoir ce statut particulier, celui de mère, qui rend certaines choses plus faciles et la société plus docile à leur égard.

On fustige souvent les hommes, leur côté volage, (comme si les hétéros ne trompaient leur femme qu’avec des célibataires ! je me marre…), mais l’irresponsabilité des femmes est autant à prendre en compte. Si elles étaient vraiment différentes, à l’heure où la liberté leur est donnée, facilitée, de ne pas procréer n’importe quand, n’importe comment et sans s’interroger elle-même sur leur envie, alors le monde aurait également un autre aspect.

Il y a différentes formes de violences en ce bas monde, et l’on ne retient trop souvent que celle rendue par les hommes, parce qu’elle est spectaculaire, use de la force physique ; mais la violence verbale, la violence en sourdine, la violence des actes dont sont parfois coupables les femmes est tout autant destructrice et parfois plus encore.

La vérité est que la malhonnêteté, la violence, l’abus, n’ont pas de sexe.

Je ne découvre rien, mais comme homosexuel, je me pensais à l’abris de cette violence féminine ; seulement la vie est faite d’interactions qui nous conduisent parfois dans des relations amicales, des complicités, des choix qui ne sont pas les nôtres et la solidarité aidant, on se retrouve petit à petit emmuré, enfermé dans une logique que l’on a pas choisi.

Ces derniers mois, le combat politique m’a aidé à penser aux autres, ce que nombre de femmes ne savent pas faire, préférant s’intéresser à « la vie des autres », ce qui est singulièrement différent ; et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai apprécié soutenir Ségolène Royal.
Une mère de famille qui pense à la société dans laquelle vivent ses enfants est beaucoup plus intéressante et tellement différente de la plupart des mères que j’ai pu croiser dans mon existence.

J’ai respecté les engagements de Royal en ce qui concerne la violence physique exercée à l’encontre des femmes, des enfants, je ne m’en suis pas moqué. Je ne suis pas misogyne et je n’ignore pas cette réalité-là.
Mais une réalité ne doit pas en faire oublier une autre ; la femme est pétrie de la même bêtise, des mêmes envies, des mêmes rejets, des mêmes frustrations et des mêmes jalousies que n’importe quel homme. L’homme et la femme forment une seule et même espèce, l’être humain.
Je n’ai pas voté en « aveugle ».

Etre mère ne justifie pas tout, pas plus qu’être père. Se regarder en face, s’interroger soi-même est tout autant sinon plus important encore que de mettre des enfants au monde.
La mère qui se drape dans sa dignité de mère alors que sa réalité quotidienne ne consiste pas à « éduquer » mais à faire le ménage, quand bien même elle aurait le temps de faire les deux.
La mère qui fustige un père qui regarde trop le foot à la télé, mais qui ne comptabilise pas les heures qu’elle passe devant les émissions de variétés, les magazines « people », tout aussi abrutissant.
Certes, et contrairement à certains pères, il lui arrive « d’organiser » la vie de ses enfants. Organiser, c’est bien ça… mais éduquer, il n’en est toujours pas question.
C’est comme si la mère se transformait trop souvent en simple organe de reproduction, d’allaitement puis d’entretien des enfants.

Je vois tous ces landaus, toutes ces poussettes sur les trottoirs, et je m’interroge, ressent un certain malaise ; on ne refait pas sa vie à travers ses enfants. On acquière pas de sagesse spécifique parce qu’on enfante, ni d’intelligence particulière parce qu’on torche, ni de connaissance supplémentaire parce qu’on prépare des goûters ou des dîners…

La dignité d’une mère, comme celle d’un père, c’est d’éduquer convenablement ses enfants, avec constance et intelligence.
Aimer, comme le font les femmes, comme elles le proclament parfois, est non seulement la moindre des choses mais c’est aussi à la portée de tout le monde (ou presque). Et puis, aimer ce n’est pas traité l’autre en objet, ce n’est pas l’étouffer, se l’approprier, se conduire en louve quand rien ne le justifie.

Les enfants ne sont pas des armes pour des règlements de compte personnels. Ils n’appartiennent pas plus à la mère qui enfante qu’au père. Ils ne sont pas la réponse à des échecs personnels.

Avant de prétendre comme une évidence qu’une mère mérite le respect, commençons déjà par constater si elle remplit convenablement son rôle…
Avant de nous réjouir de la naissance d’un enfant, commençons par nous demander quel sentiment, quelle envie ont motivé sa conception.

(J’ai écrit ce post la semaine dernière, avant qu’un crime odieux ne soit commis, hier. Et puis je me disais, avant de l’apprendre, que j’allais poster ce texte aujourd’hui. Je le fais, conscient que la conduite criminelle d’un père ne retire rien à ce questionnement à propos des mères.)

commentaires

12/07/07 - 18:34

Je viens juste d'écouter une émission sur France Culture sur le thème de la " parentalité ". L'émission était très intéressante sur les rapports hommes/femmes/enfants.
Géniteur malgré lui ?

14/07/07 - 10:06

Merci pour lien, je viens d'écouter l'émission, intéressante en effet (voir dans archives de l'émission).
Cependant, le thème de l'émission ne rejoint que par un biais peut-être la problématique que je pensais soulever dans mon post et en l'occurence, les motivations cachées de certaines femmes à devenir mère. Dans l'émission, Béatrice Gheber (avocate à Paris) témoigne : "Des femmes qui prennent des pères pour géniteur, et ça j'en vois régulièrement, elles trouvent un homme qui est bien sous tous rapports, elles se font faire un enfant, après elles demandent une pension alimentaire et elles espèrent que l'homme, touché, finira par s'occuper de l'enfant, et ça n'est pas très excellent pour l'enfant."
Je me demande : ne serait-ce pas là soit un amour dévoyé par le désir de "posséder" l'autre malgré lui, ou encore le désir intéressé d'entrer dans le destin d'un autre qu'on imagine plus souriant que le sien ?...
Autre intervention, celle de Florence Bellicier (Professeur de droit) qui réagit face à un cas cité, celui d'un homme qui a voulu contester la reconnaissance de sa paternité au motif qu'il ne l'avait pas désiré et qu'il ne s'agissait pour lui que d'une relation sans lendemain. Il a tout de même été "condamné" à verser une pension alimentaire de 300€/mois.
F. Bellicier : "Quand la Cour d'Appel nous dit que le fait de devenir père n'est pas un fait dommageable, je dis qu'elle est habile mais qu'on pourrait discuter dufait de savoir si devenir père hors de sa volonté est un fait dommageable ou pas."
"Je ne suis pas très étonnée que les droits de la responsabilité s'infiltrent aujourd'hui dans les droits familiaux qui sont de moins en moins des rapports collectifs, de tribus si je puis dire, mais des rapports inter-individuels dans une sphère, et où là finalement on retombe dans le droit commun. Le droit commun c'est : est-ce qu'il y a eu dommage ? est-ce qu'il y a eu une faute ? est-ce qu'il y a eu un lien de causalité ? est-ce qu'il y a eu faute ou est-ce qu'il n'y a pas eu faute, c'est-à-dire, est-ce qu'il y a eu une négligence de l'un, est-ce qu'il y a eu tromperie, etc..."

Et finalement, ce professeur de droit paraît estimer que la responsabilité de la mère devrait tout de même être examinée dans sa volonté d'imposer contre sa volonté un enfant à son partenaire.

Donc, c'est vrai que l'on est également face aux motivations cachées des raisons de devenir mère qui animent certaines femmes, alors qu'elles ont désormais les moyens de se prémunir d'une grossesse non désirée.

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