Extrait du discours de François Hollande au Zénith de Paris le 29 mai 07
"De quoi s’agit-il ? De décider de la politique de la France pour les cinq prochaines années . Il ne s’agit pas là de remettre en cause le mandat de Nicolas Sarkozy –nous y viendrons plus tard. Mais, nous n’allons pas attendre 5 ans quand nous avons là une occasion qui nous est donnée de décider par nos votes, dans chacune des 577 circonscriptions, de la politique que nous voulons pour le pouvoir d’achat, pour l’emploi, pour le logement, pour la santé. Saisissons cette chance ; elle ne reviendra plus avant cinq ans. Cinq ans, c’est long, c’est trop long. C’est maintenant qu’il faut agir. Là est le sens des élections législatives.
Il s’agit aussi de sanctionner une majorité sortante car, celles et ceux qui vont être candidats contre les nôtres ont représenté, pendant cinq ans, le pouvoir . On finirait par l’oublier. Nicolas Sarkozy a même dit au Havre qu’il était l’élu d’une « révolution » ! S’il s’agissait de renverser Jacques Chirac, convenons-en ! Mais, pour le reste,
c’est un régime qui se survit à lui-même, qui se poursuit, qui se prolonge. Qui est donc le Premier ministre, si ce n’est celui qui était avec Jean-Pierre Raffarin ! Qui sont donc les Ministres si ce n’est ceux qui étaient déjà là avant. J’en conviens, il n’y avait pas Alain Juppé, il était dans l’équipe précédente. Pourquoi n’ont-ils pas pris Balladur. Et Sarkozy lui-même, où était-il ? Mais, pendant cinq ans, il était dans ce gouvernement, numéro 2 et chef de l’UMP déjà.
Il faut donc sanctionner cette majorité sortante si nous pensons qu’elle a échoué. Et elle a échoué : croissance la plus faible d’Europe, chômage le plus élevé d’Europe, déficit commercial le plus élevé de notre histoire, comptes sociaux dégradés, endettement public record… Et il faudrait continuer avec ceux-là ! Il va falloir changer et changer fort dès les élections législatives.
Il y a aussi une menace et un risque.
Depuis le 6 mai, nous savons ce qu’est une présidentialisation poussée à son paroxysme. Nous pensions que Nicolas Sarkozy voulait être simplement Président de la République. Mais, cela ne lui suffit pas. Il en veut davantage. Il a nommé un Premier ministre : c’était pour ordre, parce qu’il avait besoin d’un aide de camp, d’un auxiliaire, d’une ordonnance ! Il ne fera pas d’ombre à sa majesté. Il est là pour se courber, se soumettre et se démettre le moment venu.
Mais, Nicolas Sarkozy ne veut pas simplement être Président de la République et Premier ministre ; il veut être Ministre de tout : Ministre de l’Intérieur –c’est encore lui !; Ministre des Affaires Etrangères –ce n’est pas lui, mais c’est tout comme ; et les autres ministres ? Il les a choisis et veut même aller plus loin en choisissant leurs collaborateurs, leurs cabinets.
Il veut tout, tout contrôler, tout diriger, tout soumettre, tout acheter pace qu’il pense que tout s’achète : les consciences, les amitiés, les réseaux, les fidélités, les affiliations partisanes. Tout cela est affaire de commerce, de marché, de troc !
Face à cette présidentialisation qui menace, il faut un Parlement et une majorité différente à l’Assemblée nationale ."