Je ne crois pas aux mauvaises campagnes ; je crois aux mauvaises politiques...
Entendre partout, ou beaucoup, que les manifestations de colères ne sont pas légitimes puisque Sarkozy a été élu de façon démocratique me laisse songeur. En allant au bureau de vote, j’ai croisé une très vieille dame qui avait du mal à marcher. Une femme âgée qui pouvait bien être sa fille la soutenait. Je les ai dépassé avec le sentiment de plus en plus certain qu’elles se rendaient également au bureau de vote… Après y être passé et alors que je sortais, j’ai aperçu la très vieille dame qui faisait son entrée, pour voter.
On peut penser que je suis « allergique aux vieux », et on aurait tors. Peut-être même que cette vieille dame allait voter Royal… Mais je n’y crois guère. Les sondages ne se sont pas trop trompés, semble-t-il, alors pourquoi ne pas les croire lorsqu’ils nous indiquent que 73% des plus de 75 ans s’apprêtait à voter Sarkozy ?!? (et plus de 60% des plus de 60 ans…).
Coincé entre ces vieux très à droite et toute une catégorie de la population, large, nombreuse, toujours sensible au populisme, le reste de l’électorat n’a pas beaucoup de poids. Ou plutôt, nous le savons désormais, il pèse : 47%. Faudra-t-il attendre une canicule pour faire « remonter l’audience » ? (lol)
François Bayrou aurait-il pu gagner ? Je ne sais pas et je m’en fous un peu. Tout simplement parce que sur une question fondamentale, la question économique, j’étais tout à fait en désaccord avec son programme. En fait, lorsque j’avais fais le test des candidats dont on se sent proche, Royal avait 12 points, Bayrou 8 et Bové 3 ou 4. Un peu comme si j’étais fais de ces trois-là (lol), mais avec une dominante bien nette : socialiste version pacte présidentiel.
Royal a perdu à cause d’elle-même ? des socialistes ? de ne pas avoir choisi DSK ou même Bayrou « dès le 1er tour » comme je l’ai lu ?!?
Non. Pour moi, Royal a perdu parce que 53% de la France est de droite. La bonne nouvelle, c’est que 47% ne l’est pas (ou au pire, est au centre).
Trouver des bouc-émissaires alors que nous sortons tout juste de 5 années de politique UMP me paraît tout à fait inapproprié ; très informés sur le « danger Sarkozy », ayant pu juger au quotidien des politiques inefficaces, iniques, injustes, parfois coûteuses, inutiles, mauvaises, de ministres issus et soutenus par l’UMP, dont le chef est Sarkozy, les français auraient du, dans leur majorité et presque naturellement, voter contre Sarkozy. Et sans que nous ayons besoin d’essayer de mobiliser autant.
Alors, serait-ce Ségolène « le repoussoir » ? Elle a été désignée démocratiquement, mais il est vrai également qu’elle l’a été, semble-t-il, en parti par les nouveaux adhérents du PS. Ces derniers l’ont désigné parce qu’elle paraissait la mieux placée, en parti aussi. Cela étant dit, lorsque je regardais les débats DSK/Fabius/Royal, je jugeais que les deux premiers ne sauraient pas attirer d’engouement populaire. Je pense que les adhérents ont eu raison de la désigner, mais qu’il existait une impréparation au PS qui lui a nui très rapidement, l’absence d’un positionnement clair sur les questions économiques, sociales et même « sécuritaires ». Et en même temps, écrivant cela, je m’aperçois que je n’ai même pas vraiment d’idée précise là-dessus parce qu’au fond, le socialisme a toujours consisté en une adaptation à l’économie de marché de telle façon qu’elle intègre, volontairement ou non, des avancées sociales au bénéfice de ceux qui profitent le moins de cette économie. En cela, le socialisme n’est pas le communisme.
Le parti communisme a bel et bien besoin d’une refondation puisqu’il doit expliquer quels garde-fous il propose afin d’éviter le totalitarisme qu’à généré l’existence d’un seul parti politique dans les pays de l’économie soviétique…
Tandis que le parti socialiste, de Jaurès, en passant par Blum puis Rocard et Jospin, a fait son job. Jaurès en aidant à structurer l’idéologie du PS, (lutter pour des conquêtes sociales, davantage de partage et de redistribution au sein d’une économie de marché) face à celle du PC, jusqu’à ce que les deux partis se séparent et deviennent indépendant et différent l’un de l’autre, dans leur but et leur programme.
Blum et les congés payés, la semaine de 40h…
Rocard et le RMI : véritable révolution sociale, puisque l’on instaure un revenu financier correspondant à un minimum vitale garanti par l’état. A l’exception des moins de 25 ans, plus personne en France ne doit, ne peut mourir de faim… (après, reste encore à se loger…)
Jospin et les 35h, mais aussi les emplois-jeunes : politique « volontariste » qui allait dans le sens de celle menée par le Front Populaire.
A chaque fois, ça a porté ses fruits. L’idée qu’un salarié puisse être payé « à ne rien faire », idée saugrenue au 19eme siècle, le PS l’a rendu populaire, réaliste et l’a finalement fait exister avec la création des congés payés. L’idée qu’un salarié puisse bénéficier d’un week-end entier, plutôt que « de son dimanche », pour se reposer et vivre une vie privé plus « riche », le PS l’a imposé. L’idée d’un revenu minimum pour les adultes, SANS TRAVAILLER, afin qu’ils puissent garder leur dignité, leur santé, et survivre en attendant de pouvoir « rebondir », ou en attendant la retraite s’ils sont âgés, le PS l’a fait vivre et c’est une révolution. Le PS a créé une république d’assistés ? A chacun sa vision des choses. Moi je pourrais requalifier ce propos autrement : une république « d’accompagnés » ! Accompagnés sur le chemin de la vie, dans des périodes de détresse, de déprime, de deuil, d’abandon, et tant pis si l’accompagnement s’effectue parfois au profit de quelques fainéants. On ne parle pas de 1500€ par mois ! Mais de moins de 500€/mois pour un célibataire…
Et je suis content de savoir que je vis dans un pays ou, malgré tout, malgré le capitalisme et une économie de marché « sauvage », mes proches et moi-même pouvons, si la nécessité se présente, faire la demande et obtenir cette aide minimum sans avoir à mendier !
Et puis les 35h et les emplois jeunes. Déjà, les 35h, c’était une mesure dans la continuité du mouvement initié par le Front Populaire 60 ans plus tôt ! 60 ans ! Entre temps, on a pu ramener la durée du travail que de 40 à 39h, et là encore, ce sont le socialistes qui l’ont fait. Les 35h ce devrait être la conséquence logique des progrès réalisés dans la production. Besoin de moins de mains-d’œuvre parce qu’il y a davantage de machines et d’engins de toutes sortes pour assister le salarié dans son activité. En ce sens, deux idées s’opposent : partager le travail parce que le progrès y conduit (et c’est une bonne chose), ou produire toujours plus de biens consommables afin de créer de nouvelles activités, de nouveaux profits, de nouvelles sociétés et finalement, de nouveaux jobs.
Chacun à le droit de choisir ? Oui, sauf que dans le second cas, la terre en souffre considérablement et moralement l’être humain sombre dans une existence de plus en plus consumériste avec ce que cela comporte de déshumanisation…
Alors pourquoi ne parvient-on pas à partager le fruit de la croissance insolente, en un siècle, de notre économie de marché ? Parce que les milieux financiers et leurs actionnaires ont accaparé la plus grande part des richesses créées. Ainsi, pour survivre, cette économie qui doit tout de même nourrir ceux qui la font vivre au quotidien, et les amener à consommer (autre aspect indispensable), cette économie donc n’a qu’un seul choix : produire toujours davantage de « richesses » , c’est à dire de produits consommables… parce que cela génère de la création d’emplois et la solvabilisation de nouveaux consommateurs indispensables au système et à la croissance de revenus des actionnaires.
Le serpent qui se mord la queue… c’est un peu ça. Le serpent monétaire ? (lol !)
Problèmes : la terre souffre dangereusement, on le constate chaque jour un peu plus, de nos productions toujours croissantes de produits consommables en grande quantité. Et le monde évolue vers la surpopulation… Enfin, l’absence d’une vaste, d’une grande, d’une vraie redistribution des richesses créées rend incertaine la persistance d’acquis sociaux : caisse d’assurance-maladie, caisse de retraites, caisse d’allocations familiales, RMI… Tout ce que nous avons mutualisé dans un effort louable de solidarité et de fraternité.
Nous en sommes tous à nous demander : mais comment se fait-ce ? (lol)… Nous retournons nos poches et finalement, ne trouvant rien ou plus grand chose, chacun se regarde en « chien de faïence » et part à la découverte de « nombreux abus » (sic) ! Mais les abus ne sont pas exactement là où on croit les trouver !
La vraie menace pour ces fonds mutualisés qui fondent le cœur de notre idéal républicain (sans même parler de socialisme), parce que la république ce n’est pas seulement la démocratie, provient de ceux qui s’accaparent l’essentiel des richesses produites !
A quoi bon tenir à flot une quelconque économie monétaire quant à lui-seul, Bill Gates engrange un pourcentage non négligeable des billets édités à l’usage des citoyens, par ailleurs « consommateurs » ? Que Bill Gates soit généreux ne change rien au problème, sur le fond. Pour un milliardaire généreux, combien d’égoïstes ?
Et la redistribution à laquelle se soumet Bill Gates est de toute façon anarchique. Elle ne fonde pas une nouvelle économie, elle n’établit pas un nouveau rapport de forces ni un nouveau lien social au sein des sociétés où elle s’exprime. Tant mieux si l’Afrique en bénéficie mais à lui seul, et même accompagné de quelques autres milliardaires, Bill Gates n’empêche pas la nécessité d’émigrer pour beaucoup d’africains qui ne peuvent espérer mener, au mieux, qu’une existence de survit s’ils restent sur leur continent.
Ainsi donc et à mon sens, l’humanité n’a pas deux ou trois choix possibles, voir davantage, mais UN SEUL : l’instauration d’une toujours meilleure et plus grande redistribution des richesses créées ! Puisque l’humanité ne paraît pas mûr pour le communisme (belle idée, cependant), et que l’économie libérale telle que nous la subissons actuellement ne permet pas de s’assurer que nos progrès sociaux pourront perdurer…
Enfin, sans cette redistribution « de masse », via l’imposition sur les bénéfices des sociétés et la restriction de la redistribution de dividendes aux actionnaires pour favoriser plutôt l’augmentation des salaires et des embauches, et de nouvelles baisses de la durée du travail, sans tout cela, les salariés seront condamnés à se combattre, à se voler les emplois les uns aux autres, tant les disparités de niveaux de vie sont grandes d’un bout à l’autre du globe. C’est la fameuse « mondialisation ».
Face à elle, UN SEUL CHOIX possible : l’instauration d’une toujours meilleure et plus grande redistribution des richesses créées !
Est-ce encore possible ? Toute la question est là. Personnellement, et bien que n’étant pas économiste de formation, (si tant est que j’ai la moindre formation…), je pense que des montages sont possibles pour réaliser ce challenge au niveau de toute la planète.
Entrer en résistance, après la victoire d’un populiste qui a priori NE CROIT PAS en la nécessité de mieux redistribuer les richesses, c’est également dépasser le stade de notre seule économie hexagonale, tant il est vrai que la délocalisation des emplois ne pourra que s’accentuer si on impose plus lourdement les entreprises en France qu’ailleurs.
Entrer en résistance serait donc faire le choix de l’alter-mondialisme ?
Extrait de wickipedia concernant l’alter-mondialisme :
«Néanmoins, on distingue des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant :
· la justice économique3 ;
· l'autonomie des peuples4 ;
· la protection de l'environnement5 ;
· les droits humains fondamentaux6,
· des revendications de démocratie selon les différentes orientations politiques7.
· une contestation de l'organisation interne, du statut et des politiques des institutions mondiales telles que l'OMC, le FMI, l'OCDE, le G8 et la Banque mondiale.
· une recherche d'alternatives, globales et systémiques, à l'ordre international de la finance et du commerce."
Pour ma part, je vais poursuivre ma réflexion. Cependant, j’observe que le PS proposait une nouvelle révolution sociale à travers la création du « parcours professionnel sécurisé », qui n’aurait pas remis en cause la nécessité pour l’économie française d’être « compétitive », mais pourrait permettre à l’être humain de s’affranchir un peu plus du capitalisme en retrouvant des marges de manœuvre à l’intérieur même du système. Contre une certaine forme d’aliénation que représente toujours le monde du travail ; aliénation de la liberté, (la majorité d’entre nous à des horaires à respecter et des temps de pause et de congés pré-déterminés), aliénation de l’esprit critique (devoir de respect pour la « philosophie » en place dans l’entreprise), aliénation par la peur (crainte de perdre son emploi pour les non-fonctionnaires) entre autres choses…
Je voterais donc socialiste aux prochaines élections, et je rejoindrais peut-être le mouvement alter-mondialiste.
Cependant et depuis hier, je me trouve de plus en plus « mal » en France… (et non pas « de plus en plus mâle » ! (lol)).
Triste « lol »…
07/05/07 - 10:03
Bel article et LOL!
Il ne faut pas rester sur cette défaite.
La candidate Royal s'est vraiment donnée entièrement, et a insufflée un nouvel élan, un nouvel espoir pour les jeunes en France.
Les propos de DSK furent totalement déplacés.
Elle nous a montré que l'on peut construire une France plus Forte en la rendant plus Juste.
Nous marcherons sur ses pas dorénavant pour que la France est un futur.
no-sharkozy