EADS - AIRBUS : de Villepin avait annoncé la création d'un pôle d'incompétence...
ASSEMBLEE NATIONALE
Compte rendu
analytique officiel
2ème séance du MERCREDI 8 NOVEMBRE 2006
Extraits :
M. Jean-Marc Ayrault – Monsieur le Premier ministre, EADS est une réussite technologique et humaine dont la France peut être fière. C'est l'État qui a été à l'origine du projet, et c’est lui qui doit en garantir la pérennité. Or le plan de restructuration que vient de présenter la direction du groupe pour sa filiale Airbus commande que le Gouvernement s'explique devant la représentation nationale. La première annonce qui inquiète, c’est l'abandon de 80 % des entreprises sous-traitantes d’Airbus. Sans la moindre concertation, des centaines de PME innovantes et leurs salariés se verraient brutalement menacés et des territoires entiers risquent de subir une véritable saignée économique.
Plus choquante encore est l'apathie de l'État actionnaire, alors qu’EADS prévoit de délocaliser une partie de sa production dans des pays à bas salaires. Quel est ce patriotisme économique que celui qui autorise une firme, née d'une volonté politique et financée partiellement par des fonds publics, à organiser un véritable dumping social ? Et que dire enfin de la décision des deux actionnaires de référence, le groupe Lagardère et le groupe Daimler Chrysler, de se désengager au moment où le groupe s'enfonce dans les difficultés ?
Monsieur le Premier ministre, que de légèreté, que d'irresponsabilité dans le traitement gouvernemental de ce dossier ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) Vous allez nous dire que le pacte d'actionnaires interdit à l'État d'intervenir dans la gestion du groupe. Mais ce pacte a déjà volé en éclats et vous-même l'avez violé en faisant nommer M. Forgeard. Nous n’acceptons pas cette attitude de non-assistance à entreprise stratégique en danger. (« Baratin ! » sur les bancs du groupe UMP) Nous vous demandons de prendre l’initiative d’un plan concerté entre les gouvernements français et allemand. La réussite industrielle se bâtit sur le temps, la recherche, l'investissement, la stabilité de l'actionnariat et du management.
Votre gouvernement va-t-il rester passif et avaliser ce plan de restructuration, sans dire son mot sur ses conséquences économiques, sociales, territoriales et pour la stratégie de ce grand groupe industriel, français et européen ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)
M. Dominique de Villepin, Premier ministre – Merci, Monsieur Ayrault, de la confiance que vous accordez au Gouvernement. Vous avez raison sur un point : EADS traverse effectivement, avec l’ensemble de la filière aéronautique, une période difficile. Mais force est de constater que nous avons immédiatement pris le problème à bras-le-corps : au titre de l’État actionnaire, Thierry Breton a contribué à la réorganisation du groupe…
Plusieurs députés socialistes – Très mal !
M. le Premier ministre – …et Dominique Perben a reçu l’ensemble de la filière, avec laquelle il travaille.
Je veux le dire solennellement devant la représentation nationale : je crois en la filière aéronautique, et je crois en l’avenir industriel de la France, qu’il nous appartient de défendre ensemble. Pourquoi cette confiance ? Parce que ce sont cinq millions d’emplois qui sont en jeu, parce que nous sommes le cinquième exportateur mondial, et parce que l’industrie est au c?ur de notre identité !
Plusieurs députés socialistes – Blablabla !
M. le Premier ministre – C’est en restant une grande puissance industrielle que la France restera tout simplement une grande puissance ! Beaucoup avaient renoncé à cette ambition, que nous portons avec détermination sous l’impulsion du Président de la République (Protestations sur les bancs du groupe socialiste). Les pôles de compétitivité, c’est nous ! La création de l’agence pour l’innovation industrielle, c’est nous ! Et la modernisation de notre système de recherche, c’est encore nous ! Nous redonnons à la France une véritable stratégie industrielle ! (Mêmes mouvements)
Dans les mois qui viennent, je continuerai à défendre cette ambition : après avoir réussi à sauver 600 emplois à la Sogerma, nous ne laisserons tomber ni Airbus, ni ses salariés, ni les PME qui travaillent dans cette filière. Je recevrai dès la semaine prochaine le président Louis Gallois et je me rendrai mardi prochain à Toulouse pour trouver des solutions.
FIN de l'extrait.
Ainsi que vous le savez, de Villepin a trouvé des solutions, et le gouvernement entier a agi en temps et en heure puisque trois mois plus tard, tout était sauvé. Avec 10 000 licenciements et de la délocalisation en prime, il leur aura fallu bien du talent... J'ai l'impression qu'un pôle d'incompétence a été créé à la tête de l'état, au sein d'un gouvernement soutenu par l'UMP, groupe présidé par N. Sarkozy, lui même ministre principal de ce gouvernement. Mais ce n'est qu'une impression bien-sûr...