J’ai regardé un reportage sur la savane africaine et ses fauves. Le documentaire commençait bien ; une lionne qui nourrit ses lionceaux et une voix off qui explique la nécessité pour elle de les mettre à l’abris… pour ne pas qu’ils soient dévorés, y compris par un lion.
Mais elle doit continuer de se nourrir et opter pour la sortie à un moment ou à un autre, opter pour un abandon provisoire. Elle quitte le bosquet où elle a caché ses petits et part à la chasse. Fascinant, comme toujours, la manière qu’à un fauve de s’approcher de sa prochaine victime. Elle rase le sol, avance à petits pas, cachée par les hautes herbes jaunes de la savane et tout à coup elle bondit et s’agrippe au gnou, des griffes puissantes lui transpercent le corps, il gémit et tombe à demi. La lionne plonge alors ses crocs plus avant dans sa chair et il s’écroule, vaincu. Il est encore en vie qu’elle le dévore déjà. On ignore combien de temps passe avant qu’un lion arrive. Il a la suprématie, elle doit s’incliner. C’est toujours le lion qui dévore en premier, inutile de lutter. Elle quitte les lieux pour aller retrouver ses petits.
Lorsqu’elle ressort du bosquet, la voix off nous apprend qu’elle n’y a retrouvé qu’un seul lionceau, les autres ont disparu, dévorés par un lion. Le seul qui lui reste pend entre sa mâchoire, il est sans vie. Elle part dans la savane avec son dernier petit, sans vie, toujours pendu dans sa gueule. Il paraît qu’elle a tenu quelques heures comme ça, avant de le déposer quelque part.
La scène suivante, des léopards, une femelle et ses deux petits mais qui sont déjà grands. Des fauves adolescents. Elle aussi part à la chasse pour les nourrir. Ils la suivent à distance, elle fond sur une petite antilope, encore enfant, et s’en saisit. Elle lui fait mal, la blesse de telle manière qu’elle n’est plus en mesure de s’enfuir, puis elle la ramène à ses petits et la leur livre en pâture. La petite antilope ne parvient plus à tenir sur ses pattes. Les deux jeunes léopards la mordent tour à tour et lui donnent des coups de pattes dès qu’elle fait mine de se relever, puis ils plantent leurs crocs dans ses flancs. Elle crie, un son aigu, elle doit souffrir le martyre, c’est abominable, mais ils ne la tuent pas. Parfois, ils s’éloignent un peu, observent leur mère qui semble encore à l’affût d’une autre proie, puis ils reviennent vers l’antilope dont on aperçoit les tripes à l’air et qui crie toujours. A nouveau, des coups de crocs, ils s’entraînent aussi à l’attraper par le cou pour la traîner sur quelques mètres. Ils font leur apprentissage sur le corps d’une jeune antilope agonisante. Lente agonie, cruelle, sauvage, abjecte.

Un peu plus tard encore, ailleurs dans la savane, c’est un babouin (omnivore !), qui va se tailler la part du lion. Là aussi, une antilope va en faire les frais. Un peu plus âgée que la précédente, elle est saisit par le babouin dans son élan, et les crocs immenses du singe sont plantés dans son corps tandis qu’elle ploie sous son poids. Lorsqu’elle est à terre, il commence à la dévorer, par le ventre, et elle hurle toujours en vie tandis qu’il poursuit sa terrible besogne. Lorsqu’il relève la tête, la chair est à vif, des organes pendent tandis qu’il jette un oeil tranquillement vers d’autres babouins qui l’observent. Elle pousse des hurlements en continue, elle souffre le martyre elle aussi mais elle ne va pas mourir, pas tout de suite. Il va continuer de la dévorer… vivante.

Je pensais que dans le monde sauvage, les choses se faisaient plus « proprement ». Je pensais, assez bêtement, que le monde sauvage était beau alors qu’il est tout simplement et seulement « sauvage ». Je pense que ce qui distingue l’homme de l’animal c’est sa conscience, la conscience de faire mal, de faire du mal. Je pense que nous partageons un peu de cette sauvagerie et que nous sommes encore un peu des animaux. Je pense que c’est pour ça que je ne suis pas heureux.
A la fin du reportage, la voix off a tenu à préciser que cette régulation par la mort était la base d’un bon équilibre entre les espèces… Et si on se passait des fauves et qu’on se contentait de stériliser les antilopes ?… Enfin, c’est juste une suggestion.
26/02/07 - 10:40
Impressionnant. Désespérant aussi : l'homme ne se comporte-t-il pas spontanément avec la m^me cruauté, mais avec un peu plus de subtilité ?
apax