Sa prestation à Villepinte était superbe, aux antipodes d’un certain populisme de droite. Le discours était brillamment construit, alternant les propositions avec les engagements et de courts comptes-rendus des débats participatifs.
Elle est tellement incompétente qu’elle ne s’est pas plantée, malgré la pression, durant plus de deux heures. Elle est tellement incompétente qu’elle a su remuer la foule, la calmer, la réveiller, comme tout bon orateur doit savoir le faire. Et pourtant (ce qui n’est pas un défaut de compétence), elle n’est pas très bonne oratrice. Elle est vraie, elle s’engage sur ce chemin difficile de l’honnêteté. Elle a compris ce qu’il en était d’un pays qui n’en peut plus des engagements vides de sens (le « pacte social » de Chirac, piétiné par tous ses Premier-Ministres en est un parfait exemple).
Elle a parlé de l’Europe et du rôle que devra avoir la France pour lui imprimer un nouvel élan avec des garanties sociales plus affirmées, elle a parlé de l’Afrique avec courage et détermination, indiquant que les aides ne devront plus être versées directement à un état (et à un quelconque dictateur local), mais à la population, elle a parlé de l’école en mentionnant qu’il faudra y mettre davantage de personnel d’encadrement mais également, diviser celles qui comptent plus de 600 élèves, apporter aux élèves un soutient scolaire gratuit et apporter davantage d’enseignement de la culture en plus du sport ! Elle a parlé de la banque centrale européenne pour indiquer qu’elle devra se mêler également de la croissance des pays européens, et pas seulement de la stabilité des prix, elle a parlé des petites et moyennes entreprises qu’il faudra aider d’une manière ou d’une autre contrairement aux multinationales pour lesquelles l’impôt sur les sociétés devra pleinement jouer son rôle, elle s’est engagée sur la revalorisation du SMIC et des petites retraites, elle a parlé de la remise en place d’une police de proximité et de la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois pour les jeunes et de la garantie pour eux d’avoir une proposition de formation s’ils restent plus de six mois au chômage, elle a également parlé de sécurité avec la mise en place de centres fermés pour les jeunes délinquants, mais aussi de l’égalité des chances avec une plus grande liberté de choix concernant la carte scolaire.
Et j’en oubli quelques autres.
Enfin, elle a commencé par mentionner la dette et le problème du chiffrage de ce programme a également été abordé lors de ce discours, très clairement ; c’est parce que la politique économique de relance créera aussi des rentrées d’argent que ce programme ne sera pas hors de prix. Or, la relance passera par le soutient aux P.M.E. et par la création de centaines de milliers d’emplois utiles. Elle ne passera pas par la précarité à l’anglaise et la paupérisation de toute une frange de la population (au passage, rappelons que l’Irlande, pays où les impôts sur les sociétés est le plus bas, à certes créer beaucoup d’emplois mais le chiffre de paupérisation d’une partie de la population est en pleine explosion ! Et encore… L’Irlande continue de percevoir de l’argent de l’Europe. Quant ce ne sera plus le cas…)
Rien, nulle part, dans aucun discours je n’ai rien entendu d’aussi précis, d’aussi net, pour qu’un pacte social tel qu’il n’existe plus dans ce pays depuis des lustres existe à nouveau !
Problème : le jour même et le lendemain du discours de Sarkozy, on entendait que le discours était très réussi, qu'il avait été applaudi, tandis qu'après le discours de Royal, on ne parlait que du chiffrage de ce programme et subsidiairement, du fait qu'elle avait tout de même réussi cet oral. Trop gentil de le remarquer.
Le problème des sondages est directement lié à la manière dont tous les médias fonctionnent actuellement, positionnés à droite-toute. Le fait même que Sarkozy ait débuté le "grand oral" de TF1 en a fait un précurseur supposé courageux, puisqu'il a accepté d'être le 1er... Les autres sont destinés PAR TF1 à être des seconds. Et les exemples du même acabit sont légions. Le jour même du grand discours de Royal, Sarkozy aurait annoncé qu'il avait la chiasse devant les caméras pour pouvoir monopoliser encore l'attention, tant le degré zéro de la politique est atteint depuis longtemps par ce démagogue populiste. Mais il avait trouvé mieux, un énième discours aussi plat et vaseux que les autres, et relayé à tout va par les médias. Quant à France 2, chaine de service public, elle faisait la part belle à... Bernadette Chirac et le Président lui-même.
Ségolène Royal gagnera peut-être, ça reste tout à fait possible, mais les obstacles commencent à être aussi nombreux que ceux que Mitterrand a du dépasser à une époque (81) où il se présentait avec des alliés communistes bien encombrants (et très démagos également, du moins à l'époque...).
Pourtant, elle reste à la barre et elle ne faiblit pas. Plus ça va et plus j'admire cette femme.
17/02/07 - 18:07
idem
Felipe (visiteur)