Un seul candidat possible pour le changement
A l’heure où s’annonce le programme de Ségolène Royal, dont on voit déjà ici et là les propositions concrètes, j’ai envie de revenir sur le choix du candidat.
Je lisais dans des commentaires qu’elle n’avait été choisie que pour son image, c’est très court, réducteur, et assez faux. Elle n’est pas une inconnue aux yeux des français. Pour preuve : j’écoutais un sketch de Guy Bedos dernièrement, datant de 1992, et dans lequel il regrettait avec amertume que sa femme n’ait pas l’envergure de Ségolène Royal… On est en 1992 !
Elle est entrée dans l’imaginaire collectif par ses nombreuses prises de position en tant que ministre, même lorsqu’elle n’était que Ministre déléguée. Des prises de position en faveur des plus faibles, handicapés, enfants maltraités, et autres cas de la sorte, non par obsession mais parce qu’elle était ministre des affaires familiales. Elle le faisait avec fermeté et se battait vraiment pour faire exister ses propositions et proposer des lois.
C’est ainsi qu’avec le temps, et depuis 15 ans, Ségolène Royal a représenté peu à peu une femme qui savait être ferme sans se masculiniser jusqu’à la caricature, qui savait s’affirmer et affirmer ses prises de position quitte à ne pas toujours se prêter au jeu de la popularité, et enfin, elle est celle qui a battu un Premier-Ministre en exercice, (le sieur Raffarin) en devenant Présidente de région.
Alors oui, il y a beaucoup de misogynie derrière nombre des critiques qui lui sont adressées, beaucoup de machisme. On refuse parfois de se souvenir de ce parcours, de cette réalité d’une omniprésence dans l’esprit des français qui s’est naturellement traduite par des sondages très positifs pour elle en 2006. Les français n’y pensaient pas « naturellement », mais dès qu’on leur soumettait ce choix, ils répondaient majoritairement par l’affirmative. Parce qu’ils la connaissent et savent qu’elle a le potentiel.
Je n’ai pas adhéré au PS en 2006, alors que l’idée de participer au choix du candidat (pour qui je savais que je voterais de toute façon), me plaisait. Je me demande pourquoi et je me réponds : parce qu’au fond, elle, Strauss-Khan ou Fabius, de toutes les manières à gauche comme à droite et au centre, aucune personnalité politique française n’a en ce début du 21eme siècle l’envergure d’un de Gaulle ou d’un Mitterrand, d’un Jaurès ou d’un Clémenceau. C’est ainsi, et ce n’est pas dramatique. Je savais que je voterais pour un programme à dominante socialiste et pour une équipe de gauche, de toutes les façons, quel que soit le candidat du PS.
J’ai souhaité que les militants votent pour elle parce que je savais qu’elle a le potentiel pour de vrais changements. Elle ne s’inscrit pas dans un débat d’idées populistes, de la façon dont l’a fait Fabius dans un revirement dont il est naturel de se méfier, vu le parcours, et elle ne s’inscrit pas non plus directement dans un état d’esprit social-démocrate à la façon d’un Strauss-Khan dont la politique trop mesurée n’aurait pas répondu à l’attente des plus défavorisés et n’aurait pas répondu aux réformes nécessaires dans le pays.
Elle, elle a ce potentiel de réussite indispensable pour qui veut garder espoir en une France plus juste pour les plus défavorisés, les plus modestes et les plus faibles, mais plus prospère également avec en ligne de mire une très forte réduction du chômage dans ce pays.
Contrairement à Sarkozy, elle ne le fera pas suivant la manière de Blair, mais elle a raison de ne pas s’interdire d’y regarder de plus près. Alors elle voit, ce que l’on est nombreux à voir, qu’il n’est pas souhaitable de transposer ce modèle en France, (contrairement à ce que fera Sarkozy), mais qu’il peut être utile de s’inspirer de telle ou telle mesure au nom d’un pragmatisme efficace et non démagogique.
Il m’apparaît qu’elle n’est pas adepte des idées toutes faites. D’où cette référence à Blair, à une époque, qui signifie simplement « regardons de plus près et discutons-en », quant Sarkozy dit « j’ai regarder de près, il m’a convaincu ». D’où même cette référence à la justice chinoise qui jugent les affaires plus rapidement en Chine ; elle parlait de droit des affaires et pas en matière pénale, évidemment. C’était malencontreux au regard notamment de la peine de mort si présente dans ce pays, mais que n’aurait-on dit si elle avait critiqué en Chine même le modèle chinois, créant un gros incident diplomatique… On aurait dit qu’elle était irresponsable et indigne de diriger notre pays.
Pourtant, lorsque Sarkozy va aux USA et salut bien bas le Président Bush, si impopulaire aux yeux des français, si insultant à l’égard de la France (il y a peu d’années de cela), si incompétent dans les affaires du monde, on omet de remarquer à quel point l’attitude du candidat de l’UMP est indigne d’un candidat à la présidence française, irresponsable (alors même que Bush est rejeté par une majorité d’américains), et l’on oubli très vite.
Ségolène Royal cherche à sortir et sort d’un pré-formatage dans lequel sa formation d’énarque l’avait placé au départ.
Elle ne cherche pas à être populiste, comme d’autres, pour gagner plus rapidement, mais à être populaire pour gagner ; parce que faire gagner son camps et faire triompher ses idées, c’est effectivement tout l’enjeu pour un personnage politique.
Elle a enfin cet handicap, être une femme. En aucun cas cela ne se transforme pour elle en qualité car l’idée est bien trop ancrée dans l’esprit de chacun : femme = mère au foyer, ménagère, et on dit plus facilement « femme de ménage » et « homme d’état ». Tout simplement, et s’est ancré profondément.
Elle va révolutionner cette image, ce carcan pitoyable (pensons un peu à nos mères ! Si certaines sont des garces, comme certains père sont des gros salauds, celles qui méritent notre tendresse auraient méritées pour la plupart de bien plus belles carrières professionnelles…). Mais la révolution fait peur, en même temps qu’elle attire. De même, la féminité inquiète, en même temps qu’elle attire. La révolution c’est le contraire de la stabilité en politique, et l’image que nous avons de la féminité est celle d’une espèce de sentimentalité forcément instable, tandis que l’homme supposerait une infaillible stabilité. (Sauf que Sarkozy s’effondre, le pôvre, quant sa donzelle met les voiles, et Mitterrand court à corps perdu à travers le globe pour trouver des réponses sur Dieu, l’existence… alors qu’il est en charge de la présidence de la république).
La France est encore empêtrée dans son idée du « grand homme » pour conduire sa destiné, sans prendre en compte les réalités bien réelles : ils sont très rares et pas toujours les meilleurs dans la pratique. Un « grand homme » est nécessaire lorsque le pays traverse une crise véritablement dramatique : Clémenceau en 14-18, de Gaulle en 40 ou pour la guerre d’Algérie, par exemple. En France, l’état du pays est plutôt grave mais nous ne sommes pas dans ce type de situation si dramatique que seul un « grand homme » pourrait nous aider à en sortir. Serait-ce le cas que de toute manière, nous ne l’avons pas à portée de vue.
Sarkozy pali son absence de charisme par un populisme à tout va, empruntant même de façon ridicule un pseudo-langage populaire : « Mais m’sieurs-dames, la France c’est pas ça… », « vous voulez qu’on vous débarrasse de la racaille ? », et autres turpitudes langagières évidemment indignes de la présidence de la république. Il est vrai qu’avec Chirac, on s’est habitué à une certaine médiocrité, mais Chirac au moins avait le souci d’une indépendance de la France que Sarkozy n’aura pas : l’ancien ministre des finances serait un Président de choix pour la finance internationale, mais certainement pas pour la France.
Ainsi, Ségolène Royal a du franchir et doit encore franchir un certain nombre d’obstacles, mais jusqu’à présent elle s’en sort bien au regard de l’ampleur du travail à accomplir et malgré un traitement médiatique parfois très douteux d’elle-même et de sa candidature.
Il est évident qu’elle a la carrure, sinon elle ne serait pas là où elle est aujourd’hui, dans une position qui dépasse largement un simple engouement subit des français qui dateraient seulement de 2006, et il est évident qu’elle a l’envergure parce qu’elle a su imposer sa propre méthode pour mener sa campagne et qu’elle le fait sans état d’âme, par souci d’efficacité autant que par cohérence ; vous voulez le changement ? on commence déjà par faire une campagne politique différente… Vous voulez le changement, oui ou non ? Avant de la critiquer, posez-vous déjà la question.
Sarkozy n’a même pas importé la méthode américaine en France ; il la reprend de Chirac, évidemment, qui l’a fait dès 1980. Il doit regretter de ne pas avoir FOX TV derrière lui, mais il a quand même TF1.
Le PS est en mouvement, Ségolène Royal assume sa position de leader, après cinq ans de droite marqué par un déclin économique et social continu et des manifestations accompagnées de combats de rue sans précédent depuis très longtemps.
Je souhaite qu’elle soit Présidente, parce que je souhaite le changement, davantage de justice sociale, d’opportunités mais aussi de sécurité pour les plus jeunes et les chômeurs de tous âges, et pour que la France propose un autre modèle en Europe aux pays de l’Est que le modèle anglais.
Une dernière chose concernant les femmes : j’ai beaucoup travaillé avec des femmes et parfois sous leur autorité, et je pense simplement qu’elles valent ni plus, ni moins que les hommes.
Ségolène Royal n’est pas la meilleure parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle est la meilleure de tous les candidats présidentiables en lice.
16/02/07 - 14:40
Pas beaucoup de commentairs ici...
Et que pense Eric Besson de ses propositions fiscales ???
l-s-j