Image : D. Wojnarowicz


LE BLOG DE SELFMADE

04/02/2007

04/02/07 - 11:08

Petit délire matinal



LA CONSULTATION

- J’avais très mal à la tête la semaine dernière et à présent, je sais pas… Mal au cœur, mal au corps…
- Bon, on continuera la prochaine fois. Vingt euros.
- On avait dit quinze…
- Non, on avait dit vingt.
- Ah non, c’était quinze.
- Ca a toujours été vingt, et pour tout le monde.
- Bon. De toute façon, je ne sais pas si je vais continuer avec vous. Je dois voir mon avocat cet après-midi. Il semblerait que me faire signer un engagement sur douze mois pour une analyse ne soit pas du tout légal.
- Je ne vois pas en quoi ce serait illégal, aucun texte ne l’interdit.
- Enfin, quand même… Pourquoi pas vingt-quatre ou quarante-huit mois, tant qu’on y est ?
- Mais les plus motivés signent des contrats de très longue durée, tout à fait. J’ai deux contrats en cours de soixante-douze mois.
- Et s’ils meurent en cours de route, qu’est-ce qui se passe ? La famille continue de payer ?
- La famille ne continue pas de payer, je ne suis pas un escroc ! Le préavis part de leur décès et si je fais valoir mes droits, il me revient l’équivalent de deux mois de séances sur la part d’héritage que les héritiers se partagent et ce, par année non effectuée. Si vous voulez, il y a l’indemnisation du préavis légal, prévue dans le contrat, et il y a également l’indemnisation pour le préjudice subit. Dès lors que le patient s’était engagé sur 4 ans, s’il n’en effectue que deux… Vous voyez le manque à gagner.
- C’est tout à fait morbide.
- C’est la vie.
- Et si je refuse de signer ?
- Pas d’analyse. Je ne travaille que par contrat.
- Le contrat morale ne vous suffit pas ?
- Je ne suis pas né de la dernière pluie. J’en ai marre de m’engager pour des patients qui vont et viennent et disparaissent sans laisser d’adresse… ça me gonfle. Et puis j’ai des engagements moi aussi. Lorsque vous achetez un coupon de carte orange mensuel, si vous partez en cours de mois en province et ne revenez pas, la RATP ne va pas vous rembourser les jours non utilisés, non ?
- Freud n’a jamais parlé d’engagement écrit.
- Freud ne vivait pas à une époque où le moindre engagement est contractuel, au mois ou à l’année. Personnellement, je ne compte plus les engagements qu’on m’a fait signer. Vingt-quatre mois avec tel opérateur internet et pour une liaison merdique, douze avec tel autre pour la téléphonie, un troisième de trente-six mois pour la télévision, et j’en passe !
- Vous n’êtes pas obligé de signer non plus…
- C’est ça. Un forfait liberté surfacturé, c’est ce que vous me conseillez ?
- Si j’accepte de payer vingt euros, je peux aussi considérer que c’est de la surfacturation ! C’est donc un forfait liberté et je demande que le contrat soit rédigé en ce sens, sans engagement de durée.
- Je ne pratique pas de forfait liberté. D’ailleurs, un patient n’est jamais libre. Ce serait une illusion de le croire et un mensonge de vous le laisser penser. Si vous étiez libre, si vous vous sentiez libre, vous ne seriez pas ici.
- Raison de plus pour ne pas m’enfermer un peu plus avec un contrat…
- C’est pour votre bien ! Pourquoi vous retournez travailler jour après jour ? Parce que vous avez signé un contrat ! Vous savez très bien que l’entreprise demandera une indemnisation si vous la quittez sans respecter de préavis. Idem pour l’assurance chômage. Vous n’avez rien signé mais c’est comme si. Vous cotisez mais le contrat est clair ; si vous démissionnez, vous devenez chômeur de votre propre fait et vous ne toucherez pas d’allocation. C’est comme ça. La vie est comme ça, la société fonctionne comme ça.
- C’est dur.
- A vous écouter, je pense que vous devriez signer un contrat de soixante-douze mois au moins, d’emblée. Vous me paraissez complètement à côté de la plaque… Et puis c’est quoi cette histoire d’avocat ? Vous rechignez à payer 5 euros de plus et vous vous payez un avocat ?
- Je ne paye pas, c’est un amant. Enfin si, je paye, mais en nature.
- Je vois. Et c’est combien la consultation ? Une pipe ? Deux pipes ?
- Heu… C’est à dire que, n’étant plus couché sur le divan, là, je me vois mal répondre à une question de ce genre.
- Si vous avez honte, c’est votre problème, moi je ne fais que m’intéresser à votre cas. C’est mon métier.

(Peut-être une suite à un prochain épisode…)

commentaires

04/02/07 - 14:50

La patient pourrait presque payer en doublezons...

07/02/07 - 00:15

Ai beaucoup ri ! J'adore le contrat liberté !
J'attends l'épisode suivant.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.