Dis Papa, c'est quoi être de droite ??
INSPIRATION : LE BLOG D'afb79 (attention, ce n'est pas un règlement de compte et sa façon d'aborder les sujets me plaît plutôt), MAIS :
C’est fascinant pour moi que de rencontrer un esprit, beaucoup plus jeune que le mien et dont la sensibilité affirmée est de droite, brandir des critiques qui peuvent être les miennes à l’occasion, alors que je suis de gauche.
On me répondra peut-être : c’est normal, la réponse est au centre ! rejoignez-vous et nous au centre ! (Au « centre-mou », oui …).
Non, la réponse n’est pas là. Le problème est dans le diagnostic et dans la manière de le poser, d’une part, et dans la réponse que l’on peut lui apporter d’autre part (« malade imaginaire » ou pas… ).
Lorsque afb79 déclare n’attendre de critiques à ses propos que de ceux qui se sont réellement engagés dans la politique, ne serait-ce que localement, bref qui ont fait acte de citoyenneté, il ne peut prétendre connaître le passé de tous ceux qui commentent son blog. (Je n’en fais pas partie, n’ayant encore laissé aucun commentaire). Pour autant, je prends la défense de ces commentateurs parce que j’ignore moi-même quelle est leur activité au quotidien et ce qu’elle fut par le passé. Il fustige ceux qui se contenteraient de prendre une carte dans un parti : mais c’est déjà pas mal que de le faire. Je suis moi-même adhérent à un syndicat, et s’il me déçoit parfois, je sais que mon adhésion fait vivre des militants, des experts, parfois exclus du monde de l’entreprise privé parce qu’ils se sont trop engagés dans la lutte contre les abus du patronat. Est-ce qu’il y a des « profiteurs » parmi ces gens ? Certainement. Il y en a parmi les allocataires d’ASSEDIC, parmi les RMIstes, parmi les allocataires de l’assurance maladie, et ensuite ? On supprime tout parce qu’une minorité en profite à mauvais escient ? Ce n’est évidemment pas mon avis.
Par contre, on peut remarquer qu’il est peut-être plus difficile d’accepter de donner 10 ou 15 euros par mois à un syndicat que de se précipiter dans une mairie pour donner SON avis, et essayer d’imposer SA vision des choses… Contrairement aux resto du cœur où il est plus louable d’aller donner de son temps le soir, sous des tentes, pour servir des repas, la présence à des conseils municipaux ne me paraît pas un engagement de même valeur, parce qu’il ne réclame pas le même effort et peut même aller dans le sens d’intérêts strictement personnel.
Elu dans mon entreprise, j’ai pu constater chez de nouveaux arrivants à quel point la seule optique de leur « engagement » consistait à défendre les intérêts de leur propre service…
Je ne dis pas qu’afb79 s’engage dans un Conseil Municipal en espérant que tous les crédits accordés par la Mairie convergeront vers le seul quartier où il vit, mais je dis que son engagement à lui seul ne saurait nous garantir le contraire.
Afb79 nous parle aussi de la nécessité de supprimer l’ANPE (créée par J. Chirac), sous un gouvernement de droite. Je l’ai toujours entendu critiquée et il est vrai qu’entre 20 et 30 ans, de 1986 à 1996, l’ANPE ne m’a jamais rien proposé de valable alors que j’y retournais souvent, ne décrochant pas de CDI. Je sais aussi qu’il existe DEUX ANPE. Celle des employés et celle des cadres… Je sais qu’il y a quelques années, les photocopies étaient gratuites à l’APEC (ANPE des cadres) et qu’on ne trouvait pas de photocopieuses dans celle des employés… Je sais que les uns bénéficiaient d’ordinateurs et pas les autres. Alors que les allocations pour les cadres sont nettement supérieures à celle des employés ! Peut-être même que les possibilités de formation étaient plus grandes d’un côté que de l’autre.
Bref, je peux rejoindre afb79 sur ses critiques et pourquoi pas la suppression de l’ANPE ? Ce sont des discours qui peuvent aussi se tenir à gauche, il n’est pas besoin de rejoindre l’UMP pour ça, et pourquoi ? Parce que tout simplement, on parle de « vision de société ». Parce que tout simplement « être de gauche » c’est vouloir la solidarité entre les riches et les pauvres, c’est vouloir essayer, autant que faire se peut, de compenser les inégalités entre ceux qui ont bénéficiés de chances et d’opportunités que d’autres n’ont pas eu (et ce, tout au long de la vie), c’est vouloir que l’on soit tous égaux devant les possibilités de se soigner lorsque l’on est malade et accompagnés lorsque l’on est gravement atteint, c’est tout simplement aller au delà du « t’as qu’à vouloir et faire pour avoir » !
Le « t’as qu’à vouloir et faire pour avoir », c’est la droite. C’est la pensée de droite. C’est la prime au plus travailleur ? Pour une toute petite part, mais toute petite et c’est même pas toujours le cas. La plus grande part des fortunes se bâtie dans l’illégalité, la corruption et les menaces en tout genre. On connaît les fortunés du BTP, et on sait comment ils le sont devenus, on connaît nos plus grandes fortunes actuelles et comment elles se sont bâties : en dépeçant des entreprises où oeuvraient de vrais travailleurs pour n’en tirer que ce qui « matériellement » pouvait représenter un profit, et tirer de gros bénéfices de ces reventes. Un cadre qui est devenu celui des fonds de pension américains, notamment. (Entre autre activité pourrie, parce qu’ils en pratiquent beaucoup dans le genre.)
Ce sont aussi des ingénieurs, ou de grands bâtisseurs, dans l’aéronautique et l’informatique par exemple : mais dans un cas, on construit des avions de chasse sans être regardant lorsqu’il s’agit de les vendre, quitte à ce que les bombes que ces avions transportent finissent par tomber sur des populations innocentes, et dans l’autre cas, on (ce cher Bill Gates) finit par bâtir un système de monopole qui laisse entrevoir un monde entier sous le contrôle d’un seul homme ou d’une seule organisation…
Berlusconi est l’homme le plus riche d’Italie avant que d’avoir été chef de gouvernement. Il était de droite, naturellement. Il prônait la réussite, à son instar, mais laquelle ? Celle qui n’est gouvernée que par l’absence de scrupules et dont les rouages sont parfaitement lisibles pour qui lit « Le Prince » de Machiavel. Un homme médiocre dont l’absence totale de scrupule et l’envie de TOUT s’accaparer étaient plus fortes que chez les autres citoyens. C’est un homme de droite et qui se revendique comme tel.
Oui, devenir très riche correspond souvent à se montrer machiavélique. Tout simplement. Ce n’est pas le plus travailleur, ce n’est pas le plus « méritant », c’est le plus fort à un jeu où ceux qui s’embarrassent de scrupules, d’une quelconque déontologie, d’une quelconque humanité, ne pourront pas, ne pourront jamais gagner. Dès lors que les règles du jeu ne sont pas respectées, à quoi bon jouer ? Les règles du jeu capitaliste ne sont pas respectées ou peut-êtres ne peuvent-elles pas l’être parce qu’un monstre n’engendre jamais qu’un monstre ? Je me pose la question.
Je ne suis pas méfiant des « riches » par jalousie, je n’ai pas peur d’eux parce que je me sens plus faible intellectuellement, j’ai peur de leurs moyens parce que je sais qu’ils peuvent TOUT acheter, y compris le pauvre petit lopin de terre sur lequel mon droit de vivre (continuera-t-on à me le reconnaître ?) essaye de s’épanouir (ou de survivre) tant bien que mal. Parce que je sais également qu’ils peuvent ACHETER L’EXCLUSION. Dans certaines régions, un syndicaliste un peu trop turbulent se voit fermer les portes de toutes les entreprises environnantes après avoir été licencié. Les patrons parlent entre eux… Et se reconnaissent le droit à l’EXCLUSION d’un univers économique tout entier. Et si l’ex-syndicaliste (ou simplement délégué du personnel avant tout), veut créer sa propre entreprise, avec qui pourra-t-il commercer ? Ou passera alors le droit à la libre création d’entreprise chère à la droite ?
Alors face à ça, oui, il y a tout ce que l’état peut et doit mettre en place pour nous protéger. Face aux intérêts des industries pharmaceutiques, le droit à la santé doit pouvoir s’exercer au travers d’un certain contrôle et grâce à la solidarité nationale (et internationale !). Et c’est un homme de gauche, Pierre Laroque, apparenté socialiste qui, en 1944, œuvre pour la mise en place de la Sécurité Sociale.
Face à la main-mise du capitalisme sous toutes ses formes, (patrons, actionnaires), le droit des salariés à pouvoir garder une dignité physique et morale doit être garanti par l’état, et c’est le code du travail. Son existence ne tient qu’aux longs combats de syndicalistes et aux hommes politique de gauche de la IIIeme république.
Face à la précarité, au chômage, aux impossibilités que chacun peut connaître de s’investir à un moment donné de son existence dans telle ou telle activité, un revenu minimum de survie ( !) doit exister. C’est la gauche qui l’a instauré, même s’il est imparfait, il a le mérite d’avoir été créé.
Face à la nécessité de travailler, le droit à un repos annuel doit exister. C’est la gauche qui l’a instauré.
Tout cela peut et doit peut-être être réformé, mais encore fallait-il le créer ! Ce n’est jamais la droite qui le fait.
Le « t’as qu’à vouloir et faire pour avoir » va naturellement séduire celui qui « en veut », qui pense qu’il est brillant (et il l’est peut-être), qu’il a plus de talent que d’autres (et c’est peut-être vrai), mais s’il échoue dans son entreprise, s’il traverse une phase de dépression où plus rien ne lui est possible, s’il perd un proche et ne retrouve plus les ressources en lui pour se battre dans l’univers quotidien du « plus méritant », que lui reste-t-il ? Que lui restera-t-il ? Tout ne reposera plus alors que sur les économies qui auront pu être faites, et sur l’absence ou la présence de crédit. Et il ne suffit pas toujours de revendre son appartement en catastrophe pour pouvoir rembourser un crédit immobilier…
Le « t’as qu’à vouloir et faire pour avoir » n’a que faire des plus faibles, y compris de ceux qui le sont momentanément. Il reste et demeure la loi du plus fort sur le plus faible.
Le plus fort n’est pas nécessairement le plus intelligent ou le plus doué, mais certainement le plus malin et le moins scrupuleux.
Voilà pourquoi je reste à gauche et je prétend que les critiques d’afb79, parfois non dénuées de fondement, ne changent rien et ne peuvent rien changer à cette appartenance. On appartient pas à un parti mais à un état d’esprit.
Mon état d’esprit est celui d’un homme qui souhaite une société où l’être humain est davantage respecté, où l’égalité des chances est appréhendée concrètement, où les « plus forts » soutiennent « les plus faibles ».
On me répondra que la gauche au pouvoir n’a pas fait ci, n’a pas fait ça, ou a fait ci ou à fait ça, et ce sera vrai (bien qu’à vérifier dans le détail !), mais elle a surtout fait les grandes mesures qui changent une société, valablement et durablement : congés payés, salaire minimum, décentralisation (face à l’absurdité d’une centralisation au niveau de l’Etat qui ne prend pas en compte les particularités des régions), RMI, SMU, emploi jeune (nettement plus protecteur, efficace et durable que le CPE), et c’est aussi davantage d’argent pour toutes sortes d’associations qui maintiennent le lien social, oeuvrent concrètement à la solidarité entre tous les citoyens, et c’est encore l’abolition de la peine de mort, la dépénalisation de l’homosexualité, le PACS, (rien que ça devrait vous suffire, bande d’homos à la manque !!)…
Le code du travail, création de gouvernements de gauche, suite à des combats de gauche, est un excellent exemple de ce qui peut être réformé dans ce qu’il a de plus absurde (illisibilité manifeste de beaucoup de textes avec une jurisprudence toujours plus dense qui se transforment en conflits prudhommaux beaucoup trop nombreux et trop longs à être jugés), mais le « nettoyage » doit être fait par des gens de gauche parce qu’ils sont en accords avec les principes qui en sont à la source et non pas avec la droite qui dans son très gros noyau dur, ne supporte pas l’idée que « les plus faibles » puissent s’opposer, même avec raison, « aux plus forts » : patron, directeur, chefs en tout genre.
Les retraites de la SNCF sont abusives ? tout dépend si l’on est conducteur ou si l’on travaille dans les bureaux, mais de toute façon, ces quelques régimes ne coûtent que très peu au regard de l’ensemble. Ce n’était pas abusif à la base, on pensait simplement dans ces années des trente glorieuses que c’était précurseur. Le monde a changé, la mondialisation et son long cortège de très pauvres est là, les difficultés économiques, la concurrence, le fait de vivre vieux, très bien : réformons ce qui doit l’être afin de maintenir un système de retraite qui ne fasse pas appel à des fonds de pension sans scrupules. Mais ne réformons pas avec des gens de droite qui, pour le plus gros noyau dur qui le forme, pense que celui qui n’a pas su être ou devenir riche est fatalement quelqu’un qui est voué à être exploité et à travailler. On pourrait aussi résumer cette pensée ainsi : on ne donne pas du caviar à des cochons, ils ne sauraient l’apprécier. Donc, on ne donne pas des retraites longues à des gens qui la passeront devant leur télé… Et puis, on ne donne pas des retraites suffisantes à des gens qui ont toujours su faire avec le SMIC ou à peine plus. S’ils se sont contentés de ça, c’est qu’il ne méritait pas mieux, n’est-ce pas ? C’EST LE FOND D UNE PENSEE DE DROITE.
J’ai eu des gens de droite dans mon entourage, j’en ai côtoyé et j’en côtoie encore. Je parle du fond de la pensée. Je parle de ce qui fonde un état d’esprit qui lui-même influence les idées que l’on exprime et que les gens de droite expriment souvent avec un certain machiavélisme : on ne dit pas tout. On travesti. On oppose les uns aux autres pour mieux vous gagner à la cause, puis le bon temps arrive enfin : l’exploitation.
La droite, c’est ça aussi. C’est le corollaire du « t’as qu’à vouloir et faire pour avoir » : l’exploitation.
Qu’est-ce que la libre-entreprise ? exploiter une idée, puis des ressources, humaines, matérielles, et c’est dans cette exploitation que tout se forme : abus de toutes sortes, mise à sac de la planète, risques écologiques, surexploitation des hommes, de la nature, enrichissement abusif conduisant à l’expropriation de biens communs au profit de quelques-uns… C’est l’histoire de l’achat de la Lune. Celui qui trouvera le fondement juridique pour se l’approprier aura gagné, si elle est un jour exploitable. Mais de toute façon, il pourra certainement se voir attribuer des royalties si on la photographie…
Un homme de gauche trouvera cela scandaleux, un homme de droite trouvera cela malin et regrettera de ne pas en avoir eu l’idée.
Je ne voterais jamais pour un homme politique de droite, y compris si parmi les réformes qu’il prétend mener à bien, certaines me semblent nécessaires. Parce qu’un homme politique de droite ira toujours plus loin. Ce qu’il annonce, c’est le début, et c’est avec ça qu’il vous appâte. La suite, c’est lorsque vous lui aurez donné le pouvoir et qu’il en aura usé avec intelligence pour saper les possibilités de vous y opposer efficacement, qu’il la mettra en œuvre. Et cette suite-là, elle ne poursuit qu’un raisonnement : fonder un état de droit à l’enrichissement personnel, en biens matériels, avec le moins d’entraves et de contraintes possibles sachant, et c’est le plus grave, que cet enrichissement ne doit pas connaître de limites établies et que certainement, il n’y en aura pas pour tout le monde…
Pour résumer avec un « sourire » : l’homme de droite est un goinfre pour qui ne compte ni les autres ni la planète, mais son seul appétit. On ne sort pas de là, et vingt ans de vie d’adulte n’ont fait que confirmer mes premières impressions. Et je vous parle d’un temps que TOUT LE MONDE peut connaître… parce que l’homme de droite n’a pas changé et n’est pas prêt de changer.
Donc, avancez sans masque ou en connaissances de cause, lorsque vous avancez en vous exprimant au nom de la Droite. Ou changez de position et rejoignez la Gauche.
(Quant au Centre, il n'a évidemment pas d'existence possible dès lors que l'on reconnaît les caractères principaux des uns (de droite) et des autres (de gauche).)
03/02/07 - 12:47
Respect!
On trouvera toujours des mecs pour expliquer que c'est trop caricatural/manichéen, que tout le monde ne suit pas tel ou tel schéma... mais en fait, au fond des choses, c'est globalement vrai, et c'est ce qui compte.
Quand au centre, en France, il n'y en a pas, ou très peu, et on ne va pas l'inventer subitement demain: l'esprit politique français ne fonctionne ni avec le bipartisme, ni avec un centre, c'est ainsi.
Très joli texte, vraiment, qui vient du fond du coeur. :-)
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